Vendredi 1 août 2008 5 01 /08 /Août /2008 17:52

Amis bien aimés,


Ma Loulou est partie pour le pays de l'envers du décor, un homme lui a donné neuf coups de poignard dans sa peau douce. C'est la société qui est malade, il nous faut la remettre d'aplomb et d'équerre, par l'amour et la persuasion.
C’est l’histoire de mon petit amour à moi arrêté sur le seuil de ses 33 ans. Ne perdo
ns pas courage ni vous ni moi. Je vais continuer ma vie et mes voyages avec ce poids à porter en plus et nos deux chéris qui lui ressemblent. Sans vous commander, je vous demande d'aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches. Le monde est une triste boutique, les coeurs purs doivent se mettre ensemble pour l'embellir, il faut reboiser l'âme humaine.
Je resterai sur le pont, je resterai un jardinier, je cultiverai mes plantes de langage. A travers mes dires, vous retrouverez ma bien aimée, il n’est de vrai que l’amitié et l’amour. Je suis maintenant très loin au fond du panier des tristesses ; on doit manger chacun, dit-on, un sac de charbon pour aller au paradis. Ah comme j'aimerais qu'il y ait un paradis, comme ce serait doux les retrouvailles...

En attendant, à vous autres, mes amis d'ici-bas, face à ce qui m'arrive, je prends la liberté, moi qui ne suis qu'un histrion, qu'un batteur de planches, qu'un comédien qui fait du rêve avec du vent, je prends la liberté de vous écrire pour vous dire ce à quoi je pense aujourd'hui :
je pense de toutes mes forces, qu'il faut s'aimer à tort et à travers.
Je pense de toutes mes forces, qu'il faut s'aimer à tort et à travers.

Julos Beaucarne



Aquarelle de  Cao Bei-An, http://www.caobeian.com
Par sophie - Publié dans : Hors-catégorie
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Mercredi 30 juillet 2008 3 30 /07 /Juil /2008 20:42


Oh ! n'insultez jamais une femme qui tombe !
Qui sait sous quel fardeau la pauvre âme succombe !
Qui sait combien de jours sa faim a combattu !
Quand le vent du malheur ébranlait leur vertu,
Qui de nous n'a pas vu de ces femmes brisées
S'y cramponner longtemps de leurs mains épuisées !
Comme au bout d'une branche on voit étinceler
Une goutte de pluie où le ciel vient briller,
Qu'on secoue avec l'arbre et qui tremble et qui lutte,
Perle avant de tomber et fange après sa chute !

La faute en est à nous ; à toi, riche ! à ton or !
Cette fange d'ailleurs contient l'eau pure encor.
Pour que la goutte d'eau sorte de la poussière,
Et redevienne perle en sa splendeur première,
Il suffit, c'est ainsi que tout remonte au jour,
D'un rayon de soleil ou d'un rayon d'amour !

       Hugo, les Chants du crépuscule

Par sophie - Publié dans : P. XIXè - Hugo - Communauté : Poé-vie
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Mardi 29 juillet 2008 2 29 /07 /Juil /2008 20:41

Tu es mon amour depuis tant d'années,
Mon vertige devant tant d'attente,
Que rien ne peut vieillir, froidir ;
Même ce qui attendait notre mort,
Ou lentement sut nous combattre,
Même ce qui nous est étranger,
Et mes éclipses et mes retours.

Fermée comme un volet de buis,
Une extrême chance compacte
Est notre chaîne de montagnes,
Notre comprimante splendeur.

Je dis chance, ô ma martelée ;
Chacun de nous peut recevoir
La part de mystère de l'autre
Sans en répandre le secret ;
Et la douleur qui vient d'ailleurs
Trouve enfin sa séparation
Dans la chair de notre unité,
Trouve enfin sa route solaire
Au centre de notre nuée
Qu'elle déchire et recommence.

Je dis chance comme je le sens.
Tu as élevé le sommet
Que devra franchir mon attente                                                                              
Quand demain disparaîtra.

 

 René Char, in A une Sérénité crispée, ed Gallimard
                                                                                                                                                           
Par sophie - Publié dans : P XXè - Lyrisme - Communauté : Poé-vie
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Lundi 28 juillet 2008 1 28 /07 /Juil /2008 17:26


On s’ennuie tellement
On s’ennuie tellement
On s’ennuie tellement
On s’ennuie tellement
Alors la nuit, quand je dors
Je pars avec Théodore
Dehors, dehors, dehors, dehors
Marcher dans le désert
Marcher dans les pierres
Marcher des journées entières
Marcher dans le désert
Dormir dehors
Couché sur le sable d’or
Les satellites et les météores
Dormir dehors
Il faut un minimum
Une bible, un cœur d’homme
Un petit gobelet d’aluminium
Il faut un minimum
Si loin de la nature ici
Mon cœur durcit
On est si loin de l’air
On est si loin du vent
Si loin du grand désert
Si loin de l’océan
Alors la nuit quand je dors
Je pars avec Théodore,
Dehors, dehors, dehors, dehors
Marcher dans le désert
Si loin de la nature ici
Mon cœur durcit
Chercheur de trésor
De brindilles et de phosphore
D’amours humaines et d’effort,
Chercheur de trésor
Il faut un minimum
Une bible, un cœur d’homme,
Un petit gobelet d’aluminium
On s’ennuie tellement,
On s’ennuie tellement,
On s’ennuie tellement,
On s’ennuie tellement…

       Alain Souchon, in La vie Théodore, http://fr.youtube.com/watch?v=EvcbrtsYd0s
Par sophie - Publié dans : Musique
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Samedi 26 juillet 2008 6 26 /07 /Juil /2008 22:23


Rien n'est plus droit que les bambous
Mais que vienne et revienne la neige et ils ploient


         
Petites Chansons de Ryûtat
su, XVIème siècle, in Poèmes de tous les jours, ed Picquier
Par sophie - Publié dans : Poésie - Orient - Communauté : Poé-vie
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Vendredi 25 juillet 2008 5 25 /07 /Juil /2008 21:01

L'oiseau qui s'est dépris d'être Phénix
Demeure seul dans l'arbre pour mourir.
Il s'est enveloppé de la nuit de blessure,
Il ne sent pas l'épée qui pénètre son coeur.

Comme l'huile a vieilli et noirci dans les lampes,
Comme tant de chemeins que nous étions, perdus,
Il fait un lent retour à la matière d'arbre.

Il sera bien un jour,
Il saura bien un jour être la bête morte,
L'absence au col tranché que dévore le sang.

Il tombera dans l'herbe, ayant trouvé
Dans l'herbe le profond de toute vérité,
Le goût du sang battra de vagues son rivage.

  Bonnefoy, in Hier régnant désert, ed. Mercure de France
Par sophie - Publié dans : P XXè - Lyrisme - Communauté : Poé-vie
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Jeudi 24 juillet 2008 4 24 /07 /Juil /2008 21:00


Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu'éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant chaque fleur d'une humide étincelle.

Rien n'a changé. J'ai tout revu : l'humble tonnelle
De vigne folle avec les chaises de rotin...
Le jet d'eau fait toujours son murmure argentin
Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.

Les roses comme avant palpitent; comme avant,
Les grands lys orgueilleux se balancent au vent,
Chaque alouette qui va et vient m'est connue.

Même j'ai retrouvé debout la Velléda,
Dont le plâtre s'écaille au bout de l'avenue,
- Grêle, parmi l'odeur fade du réséda.


 Verlaine, in Poèmes Saturniens


Par sophie - Publié dans : P. XIXè - Verlaine - Communauté : Poé-vie
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Lundi 21 juillet 2008 1 21 /07 /Juil /2008 21:42

Les peuples sont représentés à peu près par les États qu'ils forment ; les États, par les gouvernements qui les dirigent. Chaque ressortissant d'une na­tion peut, avec horreur, constater au cours de cette guerre ce dont il avait déjà une vague intuition en temps de paix, à savoir que si l'État interdit à l'individu le recours à l'injustice, ce n'est pas parce qu'il veut supprimer l'injustice, mais parce qu'il veut monopoliser ce recours, comme il monopolise le sel et le tabac. L'État en guerre se permet toutes les injustices, toutes les violences, dont la moindre déshonorerait l'individu. Il a recours, à l'égard de l'ennemi, non seulement à la ruse permise, mais aussi au mensonge conscient et voulu, et cela dans une mesure qui dépasse tout ce qui s'était vu dans des guerres anté­rieures. L'État impose aux citoyens le maximum d'obéissance et de sacri­fices, mais les traite en mineurs, en leur cachant la vérité et en soumettant toutes les communications et toutes les expressions d'opinions à une censure qui rend les gens, déjà déprimés intellectuellement, incapables de résister à une situation défavorable ou à une sinistre nouvelle. Il se dégage de tous les traités et de toutes les conventions qui le liaient à d'autres États, avoue sans crainte sa rapacité et sa soif de puis­sance que l'individu doit approuver et sanctionner par patriotisme.

 

Qu'on ne vienne pas nous dire que l'État ne peut pas renoncer à avoir recours à l'injustice, car s'il y renonçait, il se mettrait en état d'infériorité. Se conformer aux normes morales, renoncer à l'activité brutale et violente est pour l'individu aussi peu avantageux que pour l'État, et celui-ci se montre rarement disposé à dédommager le citoyen des sacrifices qu'il exige de lui. Il ne faut pas, en outre, s'étonner de constater que le relâchement des rapports moraux entre les grands individus de l'humanité ait eu ses répercussions sur la morale privée, car notre conscience, loin d'être le juge implacable dont parlent les moralistes, est, par ses origines, de l'« angoisse sociale », et rien de plus. Là où le blâme de la part de la collectivité vient à manquer, la compression des mauvais instincts cesse, et les hommes se livrent à des actes de cruauté, de perfidie, de trahison et de brutalité, qu'on aurait crus impossibles, à en juger uniquement par leur niveau de culture.

 

C'est ainsi que le citoyen de l'univers civilisé dont nous avons parlé plus haut se sent tout à coup étranger dans le monde qui l'entoure, en présence de la ruine de sa patrie, de la dévastation de biens communs, de l'humiliation des citoyens dressés les uns contre les autres.

Freud,  Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort, 1915, in Essais de psychanalyse, Payot
Par sophie - Publié dans : Politique
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Dimanche 20 juillet 2008 7 20 /07 /Juil /2008 21:24


Triste et solitaire
Je suis une herbe flottante
A la racine coupée
Si un courant m'entraîne
Je crois que je le suivrai.

La pluie du printemps
Tombe d'abondance dans les marais
Sans aucun bruit
Ainsi ne sont connues de mon aimé
Les larmes dont j'inonde ma manche.

Pour le voir
Cette nuit il n'est aucun moyen.
Anxieuse je me lève,
Dans ma poitrine court un feu
Qui brûle mon coeur.

A cause de mon coeur
J'entrepris de monter
Sur cette barque instable
Et pas un jour je n'ai passé
Sans être inondée de vagues.


Ono no Komachi, IX ème siècle, in anthologie de la poésie japonaise, Gallimard



Par sophie - Publié dans : Poésie - Orient - Communauté : Poé-vie
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Vendredi 11 juillet 2008 5 11 /07 /Juil /2008 22:18


NEVER seek to tell thy love,
Love that never told can be;
For the gentle wind doth move
Silently, invisibly.

I told my love, I told my love,
I told her all my heart,
Trembling, cold, in ghastly fears.
Ah! she did depart!

Soon after she was gone from me,
A traveller came by,
Silently, invisibly:
He took her with a sigh.

W. Blake
Par sophie - Publié dans : Poésie - L anglaise - Communauté : Poé-vie
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