La Nuit - C. Roy

Publié le par sophie

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Elle est venue la nuit de plus loin que la nuit
à pas de vent de loup de fougère et de menthe
voleuse de parfum impure fausse nuit
fille aux cheveux d'écume issue de l'eau dormante

Après l'aube la nuit tisseuse de chansons
s'endort d'un sommeil lourd d'astres et de méduses
et les jambes mêlées aux fuseaux des saisons
veille sur le repos des étoiles confuses

Sa main laisse glisser les constellations
le sable fabuleux des mondes solitaires
la poussière de Dieu et de sa création
la semence de feu qui féconde les terres

Mais elle vient la nuit de plus loin que la nuit
à pas de vent de mer de feu de loup de piège
bergère sans troupeaux glaneuse sans épis
aveugle aux lèvres d'or qui marche sur la neige.


Claude Roy, in L'enfance de l'Art, édition  Fontaine, 1942


                              Repoduction: Les cabines, Ernest Pignon-Ernest

Publié dans P XXè - C Roy

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richaud 23/12/2007 10:45

Bon vent à toi qui ose la poéthique

En ce monde noir comme le fond de ta page.

Les mots sont la seule lumière.

Mais ils portent le rêve, la joie ou la douleur,

Ils se disent et se glissent dans l'étonnement du lecteur



Ils ont toujours existé, les mots

Au soir doux prés de l'aimé

Sous la cendre des pleurs

Au côté des cadavres du stalag

A l'ombre des geôles fétides

En murmure ou en chanson

Ils sont toujours là, les mots



Ceux qui veulent taire les voix

Les pensées les murmures

Ne seront jamais que barbares

Le fer et le feu les font revivre

Les mots



Importe peu la rime ou le son

C'est la clef du cerveau

Le sésame du cœur

Le glaive du révolté

Le silence aussi bavard parfois

Le début du rire aussi

Les mots



Merci Sophie d'avoir osé et joyeux Noel

Jacques