Désormais, tu es un autre ! - Darwich

Publié le par sophie

Devions-nous tomber d’un lieu aussi élevé, devions-nous voir notre sang sur nos propres mains pour admettre que nous ne sommes pas des anges, comme nous l’avons longtemps cru ?
Devions-nous exhiber nos parties intimes en public pour que notre vérité cesse d’être vierge ? Quels menteurs nous étions lorsque nous avions affirmé : Nous sommes l’exception !
Être crédule vis-à-vis de soi est pire que de mentir aux autres ! Être aimables envers ceux qui nous haïssent et coriaces envers ceux qui nous aiment n’est que la bassesse de l’arrogant, la suffisance du médiocre !
Ô Passé ne nous transforme pas chaque fois que nous nous éloignons de toi !
Ô Futur ne nous demande pas : Qui êtes-vous ? Que me voulez-vous ? Car nous l’ignorons nous-mêmes.
Ô Présent supporte-nous encore quelque temps, car nous ne sommes que des passants bien lourdauds !
L’identité est ce que nous léguons, non ce que nous héritons, elle est ce que nous inventons, non ce dont nous nous souvenons.
L’identité est le miroir corrompu que nous devons briser chaque fois que l’image nous plaît !
Cagoulé et armé de bravoure, il a assassiné sa mère parce qu’elle était la bonne proie à sa portée et parce que la soldate qui l’avait arrêté avait dénudé ses seins en disant : Ta mère en a-t-elle de pareils ?
N’était-ce la honte et l’obscurité, je serais allé à Gaza, sans connaître ni le chemin vers la maison du nouvel Abu Sufiân ni le nom du nouveau prophète !
Si Mahomet n’était pas le dernier des prophètes, toute clique aurait eu son prophète et tout Compagnon aurait eu sa milice !
Juin nous a séduit lors de son quarantième anniversaire. Si nous ne trouvons pas qui nous vaincra de nouveau, nous nous vaincrons nous-même, de nos propres mains, pour ne pas oublier !
Tu fixeras longtemps mes yeux, mais tu n’y trouveras pas mon regard. Il a été dérobé par un scandale !
Mon coeur ne m’appartient pas, il n’appartient à personne. Il est indépendant de moi, mais il n’est pas devenu une pierre pour autant.
Sait-il, celui qui clame " Dieu est Grand ! " au-dessus du cadavre de sa victime/son frère, qu¹il n¹est qu¹un mécréant ? Car il voit Dieu à son image : bien moins qu¹un être humain normalement constitué.
Le prisonnier qui aspire à hériter de la prison dissimule un sourire de victoire devant la caméra, mais il ne réussit pas à dompter le flux du bonheur qui s¹écoule de ses yeux, car le texte hâtif est peut-être plus puissant que le comédien.
Qu¹avons-nous besoin de narcisses puisque nous sommes des Palestiniens !
Et puisque nous ignorons la différence entre la mosquée et l’université, termes dérivés de la même racine linguistique, quel besoin avons-nous d¹un État qui s’achemine vers le même destin que les jours ?
La pancarte sur la porte du club de nuit dit : Bienvenue aux Palestiniens qui reviennent du champ de bataille. Entrée gratuite. Notre vin ne vous soûlera pas.
Je ne peux pas défendre mon droit de travailler comme cireur de chaussures sur le trottoir, car les clients auront le droit de me prendre pour un voleur de chaussures ­ c¹est ce qu’un professeur d’université m’a dit.
" L’étranger et moi contre mon cousin, mon cousin et moi contre mon frère, mon guide religieux et moi contre moi-même. ". Voici la leçon numéro 1 du nouvel enseignement d’instruction civique, donné dans les caves de l’obscurité.
Qui entrera le premier au Paradis ? Celui qui a été tué par les tirs de l¹ennemi ou celui qui est tombé sous les balles de son frère ?
Certains exégètes disent : Il se pourrait que ton ennemi soit engendré par ta propre mère !
Les fondamentalistes ne me gênent pas, ils sont croyants à leur manière. Ce sont leurs acolytes laïques qui me dérangent, de même que leurs acolytes athées qui ne croient qu¹en une seule religion : leur image à la télévision !
Il me demande : Le vigile affamé peut-il défendre une maison dont les propriétaires sont partis passer leur vacances sur la Riviera française ou italienne ? Je réponds : Non, il n¹a pas à le faire.
Il me demande : Est-ce que moi + moi = deux ? Je réponds : Toi et toi vous faites moins qu¹un être entier.
Je n¹ai pas honte de mon identité, car elle est en élaboration, j¹ai plutôt honte devant certains passages des Prolégomènes d¹Ibn Khaldoun.
Désormais, tu es un autre.


Mahmoud Darwich

 

Publié dans P. Moyen Orient

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