Rive d'une autre mort - Bonnefoy

Publié le par sophie


L'oiseau qui s'est dépris d'être Phénix
Demeure seul dans l'arbre pour mourir.
Il s'est enveloppé de la nuit de blessure,
Il ne sent pas l'épée qui pénètre son coeur.

Comme l'huile a vieilli et noirci dans les lampes,
Comme tant de chemeins que nous étions, perdus,
Il fait un lent retour à la matière d'arbre.

Il sera bien un jour,
Il saura bien un jour être la bête morte,
L'absence au col tranché que dévore le sang.

Il tombera dans l'herbe, ayant trouvé
Dans l'herbe le profond de toute vérité,
Le goût du sang battra de vagues son rivage.

  Bonnefoy, in Hier régnant désert, ed. Mercure de France

Publié dans P XXè - Lyrisme

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