Haïkus de prison (II), Le transfert - Lutz Bassmann

Publié le par sophie

La feuille d'appel s'est envolée
le soldat rougit il bredouille
des noms imaginaires

La feuille d'appel s'est envolée
trente détenus virevoltent
entre voie ferrée et nuages

Les soldats comptent et recomptent
il est pourtant improbable
qu'un clandestin rôde parmi nous

Nous sommes alignés sur le remblai
je respire le vent plein de bruits
nous respirons le vent plein de bruits

Le premier qui monte dans le wagon
a l'impression fugitive
qu'il est maître de son destin

Le deuxième à entrer
s'installe le plus loin possible
du trou à pisse

Le dernier qui monte là-dedans
regarde toujours on ne sais pourquoi
derrière son épaule

Le bègue se tourne en mugissant vers les soldats
il voudrait leur expliquer
qu'il est en surnombre

La porte se referme
au moins on ne voyagera pas avec
Michka l'éventreur

Le convoi est prêt à partir
mais il reste immobile
jusqu'à la nuit

L'idiot ne veut pas changer de place
par une fissure entre les planches
il observe la prison

Sur une paroi du wagon
quelqu'un a écrit un nom
avec de la crotte

...


Lutz Bassmann, Haïkus de prison, Verdier


Publié dans Poésie XXème

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