Ce corps qui fut un rire -Tahar Ben Jelloun

Publié le par sophie

Ce corps qui fut un rire
brûle à présent.
Cendres emportées par le vent jusqu’au fleuve
et l’eau les reçoit comme les restes de larmes
  heureuses.
Cendres d’une mémoire où perle une petite vie
bien simple, une vie sans histoire, avec un jardin,
une fontaine et quelques livres.
Cendres d’un corps échappé à la fosse commune
offertes à la tempête des sables.

 

Quand le vent se lèvera, ces cendres iront se poser
  sur les yeux des vivants.
Ceux-ci n’en sauront rien
ils marcheront triomphants avec un peu de mort
  sur le visage.

 

Innombrables sont les signes se vidant de leur eau
dans le tumulte de l’extrême
là, au bord d’un cimetière mouvant.

 

 

Tahar Ben Jelloun, La Remontée des cendres, éd. du Seuil

Publié dans Poésie XXème

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l'homme Qui 30/09/2008 12:12

C'est qu'il y a parmi ces pages bien des cris de poésie qui nous sautent au visage.
À lire ici, les yeux en deviennent expressifs.
Ou l'ex pression de ce qu'ils lisent.
Ou encore l'endroit du récit... Ce lieu qui existe le lecteur sans ne savoir où il est. Et toute la beauté des mots peut tenir là, à un non savoir réciproque.