Desolatio (2) - M. Deguy

Publié le par sophie

A Claude


Dix ans ont passé

     Aucun jour ne passe, peut-être aucune heure, sans que, par ce qu'on appelle la pensée, je me tourne vers Monique. La pensée, c'est la mémoire, mais c'est aussi l'envisagement du présent, l'invention de l'imminence.
     La tristesse ne m'a plus jamais quitté.
     Ce terrible plus jamais croissant avec les années; qui nous endeuille de plus en plus; le plus-jamais de l'âge qui s'éloigne.
     Et en même temps - nous le savons tous, nous mes amis qui sommes un par un endeuillés, c'est-à-dire en deuil, faits de, et en, deuil- c'est ce que nous avons de plus cher, le secret où nous sommes une ipséité, là où le sujet, comme on le nomme, se recueille dans l'être-avec-soi-même. Le poète autrichien Georg Trakl disait: c'est la douleur qui creuse l'intériorité; qui fraye le dedans; sans elle, il n'y a pas de vie intérieure où demeurer.


Michel Deguy, Desolatio, ed. Galilée

Publié dans Poésie XXème

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