Poétique de la physique: la vie comme point d’entropie négative

Publié le par sophie


 

"Erwin Schrödinger, en 1944, attribue aux êtres vivants deux propriétés essentielles : d’une part, le pouvoir de créer de l’ordre à partir du désordre en exploitant des sources extérieures d’énergie ; d’autre part la capacité de transmettre leur propre plan spécifique de génération en génération. Or, pour Jean-Marie André, du laboratoire de chimie théorique appliquée à l’université de Namur, cette création d’ordre constituerait un phénomène « contre nature ».  Explication : cela contredirait, localement, un des sacro-saints principes de la thermodynamique. Celle-ci énonce en effet une loi très stricte (appelée seconde loi de la thermodynamique) selon laquelle l’entropie, qui mesure en quelque sorte le désordre, d’un système isolé (c’est-à dire laissé à lui-même) ne peut qu’augmenter. Cette loi explique qu’une goutte de colorant tombée dans un verre va inéluctablement se diluer, qu’un pendule qui oscille va finir par s’arrêter  en perdant de l’énergie par frottement, etc. (…) Tout ce qui existe est donc censé aller vers un désordre stable. La vie fait figure d’exception. Et c’est à ce titre que Schrödinger a donné aux êtres vivants le nom de « points d’entropie négative », ou encore « systèmes dissipatifs d’entropie ». L’être vivant serait un être capable de soutirer de l’énergie à son environnement pour organiser la matière, l’ordonner, et donc faire reculer, pour un temps, le deuxième principe de la thermodynamique. La vie serait donc une victoire localisée et éphémère, sur les implacables lois physiques qui gouvernent l’Univers. Certes, globalement, le deuxième principe de la thermodynamique est respecté, car l’être vivant ne maintient son ordre interne qu’au prix d’un échange de ressources et d’énergie avec l’extérieur. Le système global constitué de l’être vivant et de son environnement voit bien au final son désordre total augmenter. Et, sur la durée, le désordre finit, à la mort de l’individu, par reprendre complètement le dessus. Les êtres vivants seraient donc des zones d’entropie négative extrêmement localisées dans le temps et l’espace. Mais le grand intérêt de cette définition est qu’elle s’affranchit des conditions purement terrestre de la vie et ne s’appuie sur aucun préjugé quant aux structures et comportements de cette vie. Pour les exobiologistes, qui se demandent justement si la vie sur une autre planète ne pourrait pas se construire à partir d’autres choses que des molécules organiques, c’est une référence. Hélas, nul ne sait encore détecter la signature d’un « point d’entropie négative »."

Science et vie, Qu’est-ce que la vie, in Les origines de la Vie, in Hors Série n°245

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cured-parano 24/02/2009 23:40

Passionnant. Et heureux que la création de ces points d'entropie négative passe par quelques phénomènes dissipant de la chaleur à l'entropie très positive.

salvatore sanfilippo 24/02/2009 20:43

il me plait de savoir que moi petit point d'entropie négative,petite goutte d'eau insignifiante je fasse reculer les lois physiques qui gouvernent l'univers, même si c'est éphémère. Je crois que ce soir j'irai me couché avec une plus grande estime de moi même et un peu moins déprimé !