Qu’en juges tes épées tranchent les têtes de tes ennemis - Antara Ibn Chaddad

Publié le par sophie


1. Qu’en juges tes épées tranchent les têtes de tes ennemis,

Et si tu élis demeure dans un lieu déshonorant, hâte-toi de lever le camp.


2. Et si le destin t’amène à croiser une personne injuste, sois injuste,

Et si tu rencontres des ignorants, sois toi-même ignorant.


3. Et si un lâche t’interdit de te battre le jour de la néfaste

De peur qu’il ne t’arrive un malheur au moment de l’affrontement des troupes.


4. N’écoute pas ses dires et ne t’en réjouis pas,

Et sois le premier à accourir au moment de la rencontre.


5. Choisis-toi un emplacement qui t’élève

Ou meurs noble dans la mêlée.


6. Car rien ne peut te protéger contre la mort,

Même pas une citadelle hautement fortifiée.


7. Il vaut mieux, pour un homme, mourir dans l’honneur

Que de vivre rivé à un coin obscur.


8. Même si je compte parmi les esclaves, ma volonté

Me situe au-delà des Pléiades et de la constellation d’Orion,


9. Où que les chevaliers d’Abs méconnaissent ma noble origine,

Mon fer de lance et mon épée plaident en ma faveur.


10. C’est grâce à ma lance et à mon épée que j’ai atteint les cimes,

Et non aux liens de parenté et aux prérogatives familiales.


11. Je précipitai mon destrier dans le tourbillon de poussière et il chargea,

Tandis que le feu étincelait du tranchant des fers de lance ;


12. Il chargea à gambades jusqu’à ce qu’il

Vainquît et rentrât, sans être une proie.


13. J’infligeai un si grand malheur à Bani Harika lorsque

Je blessai au coeur Al-Akhyal,


14. Et je tuai exprès leur meilleur chevalier, Rabi’a,

Ainsi qu’Al-Haydhouban et Jaber Ibn Al-Mouhalhal,


15. Et le fils de Rabi’a et Al-Harich et Malek

Et Zobrokan qui mordit dans la poussière.


16. Et moi, je suis le fils de la négresse qui ressemble

À une hyène qui grandit dans les ruines de la maison ;


17. Ses pieds sont ceux de l’autruche

Et ses cheveux ressemblent à des grains de poivre ;


18. Mais son sourire, sous le voile, est comparable

À un éclair étincelant dans la nuit profonde.


19. Ô vous, qui allez vous réfugier dans le sanctuaire gardé,

M’y avez-vous vu flâner ?


20. Votre gloire et ma modeste condition ont trop longtemps duré,

Et il est extraordinaire que votre gloire et ma modestie durent si longtemps !


21. Ne me sers pas l’eau de la vie dans le déshonneur, mais

Sers-moi, dans l’honneur, une coupe amère.


22. L’eau de la vie, dans le déshonneur, est comme l’enfer

Et l’enfer, dans l’honneur, est la meilleure demeure.

       

         Antara Ibn Chaddad, Poète arabe antéislamique (fin VIe s. – 615).

in Lettre à Jean-Claude Pirotte de Aymen Hacen, Les Lettres Françaises, Mars 2009

Publié dans P. Moyen Orient

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