Whatever Works

Publié le par sophie

"Si vous êtes de ces crétins qui venez au cinéma pour vous sentir bien, allez plutôt vous faire masser les pieds!" Boris


Bande-annonce 1 Whatever Works
envoyé par toutlecine.

"Parce que sa jeune épouse l'a quitté, un vieil intellectuel juif new-yorkais, dégarni, à lunettes, se jette par la fenêtre de son appartement. Il prend un bref élan, le verre se brise, son corps dégringole. Malgré les gags élégants, le jazz, Manhattan, le joli minoi d'une fraîche demoiselle à couettes, ces sont ces trois secondes qui font de Wathever Works un Woody Allen diférent. Le cinéaste n'a peut-être jamais filmé une scène aussi brutale, aussi sordide et pathétique même, que le suicide de ce barbon aigri, blessé puis pansé, qui avait cru in extremis à l'amour mais qui y renonce pour se débarrasser ad aeternam de cette suintante plaie. La caméra enregistre ce geste de désespoir sans prévenir: le décor, soudain, s'est vidé.
Quelques images plus tard, nous rirons bien sûr de nouveau, rassurons-nous. Mais, si le spectateur analyse ce qu'il éprouve en cette seconde, c'est un serrement de coeur abrupt, doublé de l'impression inquiète d'avoir été prévenu. Une chanson ouvrait Whatever Works: "Hello, I must going" claironnait la voix d'un Groucho Marx goguenard sur le fond noir habituel d'un générique, hanté par le nom de Charles H. Joffe, producteur de toujours décédé il y a un an. Avec grâce, légèreté, finesse, Woody Allen (74 ans) confère à son énième comédie sentimentale une dimension sciemment testamentaire. "Tu ne serais pas un peu cynique, comme chat?" demande son maître à Garfield dans une bande dessinée en trois cases de Jim Davis. "Tu plaisantes? Je suis un cynique entouré d'un peu de chat!" médite l'animal. Voilà le cinéma de Woody Allen: non pas une comédie humaine un peu désespérée mais une oeuvre désespérée entourée d'un peu de comédie (...)
in Positif N°581-582, juillet-aout 2009

Publié dans Cinéma

Commenter cet article