L'humanité comme communauté libidinale - Freud

Publié le par sophie


Pour tout ce qui va suivre, j'adopterai donc le point de vue selon lequel le penchant à l'agression est une prédisposition pulsionnelle originelle et autonome de l'homme,et je reviendrai à l'idée que la culture trouve en elle son obstacle le plus fort. A tel moment au cours de cette investigation a pu s'imposer cette vue que la culture est un procès particulier se déroulant à l'échelle de l'humanité, et nous restons sous l'emprise de cette idée. Nous ajouterons qu'elle est un procès au service de l'Eros, procès qui veut regrouper des individus humains isolés, plus tard des familles, puis des tribus, des peuples, des nations, en une grande unité, l'humanité. Pourquoi faut-il que cela arrive, nous ne le savons pas. Disons que c'est précisément l'œuvre d'Eros. Ces foules humaines doivent être liées libidinalement les unes aux autres; la seule nécessité, les avantages d'une communauté de travail n'assureront pas leur cohésion. Mais à ce programme de la culture s'oppose la pulsion d'agression naturelle des hommes, l'hostilité d'un seul et de tous contre un seul. Cette pulsion d'agression est le rejeton et le représentant principal de la pulsion de mort que nous avons trouvée à côté de l'Eros, se partageant avec lui la domination du monde.Et voilà que, selon moi, le sens du développement de la culture n'a plus pour nous d'obscurité. Ce développement ne peut que nous montrer le combat entre Eros et la mort, pulsion de vie et pulsion de destruction, tel qu'il se déroule au niveau de l'espèce humaine. Ce combat est le contenu essentiel de la la vie en général et c'est pourquoi le développement de la culture doit être sans plus de détours, qualifié de combat vital de l'espèce humaine.

Freud, in Le malaise dans la culture

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