Destino - Dali et Walt Disney 1946/2000

Publié le par sophie

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C’est l’histoire d’un projet un peu fou. Imaginez : un court métrage d’animation réalisé par Salvador Dali et Walt Disney ! Après-guerre, l'artiste espagnol a travaillé plusieurs mois dans les studios Disney sur ce film, intitulé “Destino”. Et qui aura un triste destin puisqu'il sera enterré jusqu'en… 2003. Présenté alors dans des festivals, il ne sortira pas en salles. Il trouve aujourd'hui sur le Net une existence (enfin !) bien méritée.

Il y a d’abord l’histoire, alambiquée, surréaliste : celle d’une femme tentant de délivrer un personnage mi-homme mi-dieu de sa forteresse, imaginaire. Et puis surtout ces décors, familiers : des horloges dégoulinantes, des paysages désertiques bordés de montagnes noires, des personnages bizarroïdes… Pas de doute : c’est bien l’univers du peintre Salvador Dali, que l’on voit animé dans cette vidéo, sur YouTube. Ce magnifique court-métrage baptisé « Destino » est un trésor bien caché : réalisé par les studios Disney à partir d’une collaboration avortée avec le peintre surréaliste, en 1946, il a vu le jour en 2003. Sauf qu’il n’est jamais sorti en salle, n’a été projeté qu'à de rares occasions et n’a fait l’objet d’aucune sortie DVD, sauf en bonus d’éditions collector (Calendar Girls (!) et Les Triplettes de Belleville)… Vous suivez encore ? Petit retour en arrière pour mieux comprendre.

Nous sommes à la fin des années 30 : Salvador Dali, alors membre du groupe des surréalistes d’André Breton, est exclu du mouvement après plusieurs provocations – prises de position pro-fascistes, admiration déclarée pour Hitler. Le peintre part s’exiler au Etats-Unis. Lors d’un dîner mondain organisé par la Warner au cours de l’année 1945, Walt Disney, dont il a fait la connaissance quelques années plus tôt, lui fait part d’un projet sur lequel il travaille à l’époque : un court-métrage d’animation qu’il veut intituler Destino, le destin tragique de Chronos, dieu grec du temps, désespérément amoureux d’une mortelle, le tout sur fond d’une ballade mexicaine. Bingo, il n’en faut pas plus pour séduire Dali.

Pendant huit mois, chaque matin, le peintre pointe ses moustaches dès 8h30 dans les studios Disney et travaille d’arrache-pied jusqu’au soir en compagnie de John Hench, dessinateur et concepteur chez Disney. Ensemble, ils planchent sur le story-board, Dali produisant des dizaines et des dizaines de croquis, d’esquisses… qui malheureusement, ne seront jamais utilisés. Les difficultés économiques de l’après-guerre ont fragilisé la compagnie Disney : le projet est finalement abandonné en cours de route.

De cette collaboration resteront toutefois 18 secondes d’animation que Hench montera pour tenter de convaincre Disney, dans un ultime recours, du bienfondé du projet. Et qui ont fini par croupir pendant des décennies dans les archives de la compagnie. Jusqu’à ce qu’en 1999, le neveu de Walt Disney exhume le projet et décide de lui donner, quarante ans plus tard, un aboutissement. Sur la base de la fameuse séquence de 18 secondes (celle des tortues, à 5’20), des story-boards laissés en friche par Dali et de cahiers personnels ainsi qu'avec l’aide de John Hench lui-même, une équipe de 25 experts en animation dirigé par le réalisateur français Dominique Monféry s’est attelé à redonner vie, enfin, à Destino

Achevé en 2003 et projeté en avant-première lors du festival d’animation d’Annecy, puis dans plusieurs festivals à l’étranger et lors d’expositions consacrées à Dali, le court-métrage, qui dure environ 7 minutes, n’a toutefois pas connu de sortie commerciale digne de ce nom. Et donc très peu d’échos, même si certains en ont parlé, ici et là. La sortie d'un DVD accompagné d’un documentaire fouillé sur l’histoire du projet serait prévu pour 2010, mais comme souvent grâce à Internet, le film a déjà trouvé son espace de vie, discret, sur la Toile. Profitons-en.

Publié dans Cinéma

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emmanuel 07/12/2010 14:30



Incroyable. Dali chez Disney.