Elégies du cinéma - J Réda

Publié le par sophie


Le cinéma Louxor avait des mosaïques
     Dont ternissent l'azur et l'or.
Je n'ai pas fréquenté le cinéma Louxor:
     Je croyais ses films prosaïques.


Ils ont illuminé pourtant des yeux éteints
     Et, bien enroulé dans sa boîte,
Chacun attend que sa pellicule miroite
     De nouveau sur des strapontins.


Ils ont un souvenir fidèle de l'histoire
     Qu'ils racontent, de ses acteurs,
Mais pas un seul regard de leurs adorateurs
     N'a pénétré dans leur mémoire.

Cependant si j'entrais au cinéma Louxor
      Qui n'est maintenant qu'un décombre,
Je percevrais peut-être, à la faveur de l'ombre,
      Une trace - en technicolor -

De ce qui frissonna dans le rayon magique
       Entre le regard fasciné
Des fervents assidus chaque soir au ciné
       Et l'oeil de la même tragique

Et touchante héroïne exacte à revenir
      Sans les voir. Comme ils l'ont aimée!
Leur mémoire à présent vide l'avait filmée;
      Il n'y a plus de souvenir
                                                     nulle part.

J Réda, L'adoption du système métrique, Gallimard

Publié dans Poésie XXème

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