Complainte de la lune en province - J. Laforgue

Publié le par sophie

 
 Ah ! La belle pleine Lune, Grosse comme une fortune ! La retraite sonne au loin, Un passant, monsieur l'Adjoint ; Un clavecin joue en face Un chat traverse la place La province qui s'endort ! Plaquant un dernier accord Le piano clôt sa fenêtre. Quelle heure peut-il bien être ? Calme Lune, quel exil ! Faut-il dire : ainsi soit-il ? Lune, ô dilettante Lune, A tous les climats commune, Tu vis hier le Missouri, Et les remparts de Paris, Les fiords bleus de la Norwège, Les pôles, les mers, que sais-je ? Lune heureuse ! Ainsi tu vois, A cette heure, le convoi De son voyage de noce ! Ils sont partis pour l'Écosse. Quel panneau, si, cet hiver, Elle eût pris au mot mes vers ! Lune, vagabonde Lune, Faisons cause et mœurs communes ? Ô riches nuits ! Je me meurs, La province dans le cœur ! Et la lune a, bonne vieille, Du coton dans les oreilles. Jules Laforgue (1860-1887), in Le livre d'or de la poésie française de Pierre Seghers, ed. Marabout 

Publié dans Poésie - XIXème

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