Stances - Jean Moréas

Publié le par sophie

 

Quand reviendra l'automne avec les feuilles mortes

Qui couvriront l'étang du moulin ruiné

Quand le vent remplira le trou béant des portes

Et l'inutile espace où la meule a tourné,

 

Je veux aller encor m'asseoir sur cette borne

Contre le mur tissé d'un vieux lierre vermeil,

Et regarder longtemps dans l'eau glacé et morne

S'éteindre mon image et le pâle soleil.

 

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Ne dites pas: la vie est un joyeux festin;

Ou c'est d'un esprit sot ou c'est d'une âme basse.

Surtout ne dites point: elle est malheur sans fin;

C'est d'un mauvais courage et qui trop tôt se lasse.


Riez comme au printemps s'agite les rameaux,

Pleurez comme la bise ou le flot sur la grève,

Goûtez tous les plaisirs et souffrez tous les maux;

Et dites: c'est beaucoup et c'est l'ombre d'un rêve.

 

Moréas, in Les Stances, ed Mercure de France

Publié dans Poésie - XIXème

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