Vomi soit qui malle y pense (2)- Gérard Lefort

Publié le par sophie

      Derrière le frigo, dans une profonde cavité du mur, sans doute une ancienne porte aveuglée, le Poulpe vit. D'autres flingues en effet mais aussi une dizaine de fusils d'assaut, cinq mitraillettes reliées entre elles par une ficelle glissée dans les gâchettes, des grenades offensives serrées dans une bourriche d'huîtres - farce comme idée! -  des chargeurs, des boîtes de cartouches et, bien au sec sur une étagère métallique, ce qui avait tout l'air d'une réserve de plastic explosif. Le tout, parfaitement entretenu. Le Poulpe crâna pour amadouer sa surprise.

     - Je suppose que votre cher frangin ne stockait pas cet arsenal pour l'animation du prochain fest noz?

      - Qu'est-ce que tu connais au fest noz, toi le Parigot? Est-ce que tu sais même ce que ça veut dire?

     Le poulpe avait déjà tellement pris sur lui qu'il n'avait plus rien en magasin, même dans le réservoir de secours. Donc, il explosa. Et, chopant Erwan par le col de son caban, il le colla au mur.

     - Ecoute-moi bien petit guignol, le régionalisme en chaleur, le culte des racines, la religion des traditions et toute cette sorte d'enculeries en sabots de bois, c'est comme les écolos margino-sincères, ça m'a toujours paru flirter avec les vilaines manières de papy Pétain. A part ça, je sais pas si t'as noté, mais, question racines profondes, le français, c'est un truc dément qui fait  que le connard de Basque peut discuter avec l'andouille de Guéménée qui lui même peut s'empailler avec le taré d'Ajaccio. Alors, question patrimoine, tu me lâches la bombarde et on se cause entre adultes consentants. Sinon, moi aussi je peux te la jouer front du refus et communiqué numéro 12 du groupe révolutionnaire Gardarem Lou Biniou.

Gérard Lefort, Vomi soit qui malle y pense, Le Poulpe, ed La Baleine


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