Mythes

Mercredi 5 mai 2010 3 05 /05 /Mai /2010 19:03

Caravage-La-mort-de-la-Vierge.jpg


Ils sont rassemblés autour du corps. Leurs grands manteaux tombent lourdement. Un peu de lumière frappe le dessus de leurs crânes. Les visages importent moins que les corps. Les postures parlent davantage que les traits. Sans doute parce que leur douleur passe avant leur identité. Ce qu’ils sont, eux ou la femme que l’on a étendue là, n’y change rien. Leurs noms peuvent attendre. Le spectateur reconnaît la scène avant de savoir où et quand elle est jouée, pour qui on a pleuré. Ce serait la même scène n’importe où, pour n’importe qui. D’ailleurs, ils ne se préoccupent pas d’être vus, ni de ce que l’on pourra penser de leur tenue. Ils se tamponnent les yeux avec leurs poings, leur chagrin les voûte. Ils sont là simplement sans trop bouger. Il n’y a plus rien à faire.

Caravage n’a pas représenté l’intensité du dernier instant, l’affolement qui a pu les saisir. Il peint ce qui survient juste après. La stupeur, le vide, l’inutilité accablante des gestes avant que les rituels de la mort ne commencent et peu à peu le temps des vivants puissent reprendre.

(…) Une jeune femme assise tout près de nous, pleure, le visage enfoui dans ses mains. Pourtant, aussi véritable soit-elle, ce n’est pas son affliction qui frappe le spectateur, mais plutôt la clarté de sa nuque et de ses cheveux blonds, l’éclat de sa robe ambrée. Au milieu de toute cette douleur, sa beauté a quelque chose d’incongru. Elle détonne. Le regard s’attarde sur elle et se console, il se laisse dériver au gré de la lumière, il oublie…Pas longtemps. La bassine de cuivre le rappelle à la réalité triviale. Elle barre le passage ; pour un peu, on la heurterait du pied. La contemplation s’évanouit, il faudra faire la toilette de la morte. La jeune femme saura y pourvoir.

Le deuil de ces gens ressemble à tous les deuils. Et bien que le titre du tableau ne laisse aucun doute, il faut regarder attentivement pour apercevoir l’auréole, un mince filet d’or qui flotte derrière la tête de cette femme allongée. La Bible ne dit rien de la mort de la Vierge. Mais la légende rapporte que les apôtres furent alors miraculeusement portés auprès d’elle. Ce sont eux que l’on voit ici, pieds nus et fatigués. L’un d’eux, à droite, appuie la tête sur sa main, dans une position méditative et mélancolique. C’est Saint Jean, qui selon la tradition prit soin de Marie après la mort du Christ. L’étoffe sombre qui le drape souligne la fermeté du personnage. Obscurci par le deuil, il reste le plus vif, on pourrait dire le plus vertical. Les autres, autour, ont la densité un peu accidentée des vieux arbres.

La ligne qui divise le mur, à l’arrière-plan, marque le poids d’ombre qui s’abat sur eux. Comme il en a coutume dans de nombreuses œuvres, Caravage utilise le fond du tableau pour traduire les rapports de force ou les tensions qui règnent entre les personnages ou dans leur esprit. C’est en quelque sorte une traduction abstraite, réduite à la géométrie du clair-obscur, du drame qui se déroule.

Marquée par l’âge, la Vierge est allongée sur une vulgaire table. Sa robe se retrousse un peu, laisse voir les chevilles. Une couverture a été jetée à la hâte. On pense à un accident plus qu’à une mort paisible, comme si l’on avait dû improviser, vite arranger ce corps qu’on ne pouvait abandonner par terre…La scène sonne vrai. Trop vrai pour les ecclésiastiques qui en 1607 découvrent le tableau avec effarement : qu’en est-il de l’émerveillement des apôtres vers la Vierge et la Vierge vers le ciel ? C’est qu’il aurait fallu comprendre cet instant comme une transition heureuse, comme un « passage » et non comme une fin. Mais Caravage n’en suggère rien. Il ne montre pas non plus le Christ, que l’on observe traditionnellement tenant dans ses bras ce qui semble être un enfant mais qui figure en fait l’âme de sa mère, accueillie bientôt dans le royaume éternel.

L’image de Marie n’est pas seulement surprenante, elle inquiète comme un sacrilège. Sa jeunesse éternelle comme sa chasteté s’inscrivaient dans le dessein de Dieu. Mais rien dans le tableau ne dénote la moindre gloire divine. Rien non plus dans les traits éteints de la Vierge qui laisse supposer sa joie anticipée.

Le décorum n’est pourtant pas absent : le grand rideau rouge qui domine la scène apporte même une note de théâtralité étrange sans rapport avec la réalité décrite par ailleurs. Il est vrai que c’est là un accessoire habituel dans la peinture depuis des siècles. Le rideau anoblit toujours plus ou moins ce qu’il dévoile. Il ouvre sur une réalité plus haute, quand il ne s’agirait que du prestige obligatoire d’un portrait d’apparat. Mais derrière l’accessoire de théâtre flotte le souvenir du voile du Temple, qui protégeait le Saint des Saints du regard du profane.

La mise en scène peut embarrasser aujourd’hui, comme l’usage d’un artifice que sa facilité rend suspect. Le spectateur qui sympathisait en secret avec les personnages, se prend à penser que tout cela, après tout, n’est que du spectacle.

Peut-être est-il temps de prendre du recul, de faire quelques pas, comme pour quitter le théâtre.

C’est alors que tout se met en place : le visage de la Vierge d’abord. Saisissant dans la lumière, ce visage est le seul que l’on puisse voir complètement alors que tous les autres subissent à des degrés divers la salissure de cette ombre qui marque leur dimension terrestre. Puis cette robe qui retombe au bord de la table, sous le rideau trop luxueux…Le dénuement et la grandeur, une chute et un déploiement. Le rideau, cet élément de décor banal entre tous, ce truc d’atelier qu’on allait tout juste pardonner au peintre, le rideau joue ici son plus beau rôle. Caravage établit entre lui et le corps de la Vierge un parallélisme rigoureux et magistral.

Le peintre s’est passé des codes établis. La réalité des émotions vécues l’emporte de loin sur les conventions. Tant pis pour les anges. Caravage fait dialoguer la terre et le ciel selon ses propres termes. Si l’étoffe du grand rideau répond ainsi à celle de la robe, c’est qu’elle lui promet l’au-delà. Le drapé ne représente rien, il ne s’agit pas de remplacer un symbole par un autre. Il n’est que l’indice, mais l’indice magnifique, d’un dépassement toujours possible. La Vierge et sa vilaine robe chiffonnée ont l’accent rauque de la réalité, le rideau les transfigure. En ces années qui voient naître l’opéra, ce mariage entièrement nouveau de la musique et du théâtre, le tableau devient lui aussi un espace de résonance.

Le rideau monte comme un chant, il s’élève vers le ciel comme le signe d’une vie plus grande, aussi libre, aussi puissant qu’un aria…

Ce n’est peut-être pas encore le dernier acte.

Françoise Barbe-Gall, in Comment regarder un tableau, ed. EPA-Hachette

Caravage La mort de la Vierge, détails


Par sophie - Publié dans : Mythes
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Dimanche 21 mars 2010 7 21 /03 /Mars /2010 13:43


Strauss,  La dance des sept voiles in Salomé, Leinsdorf/Caballé/Milnes


Mais il arriva du fond de la salle un bourdonnement de surprise et d'admiration. Une jeune fille venait d'entrer.

Sous un voile bleuâtre lui cachant la poitrine et la tête, on distinguait les arcs de ses yeux, les calcédoines de ses oreilles, la blancheur de sa peau. Un carré de soie gorge-de-pigeon, en couvrant les épaules, tenait aux reins par une ceinture d'orfèvrerie. Ses caleçons noirs étaient semés de mandragores, et d'une manière indolente elle faisait claquer de petites pantoufles en duvet de colibri.

Sur le haut de l'estrade, elle retira son voile. C'était Hérodias, comme autrefois dans sa jeunesse. Puis elle se mit à danser.

Ses pieds passaient l'un devant l'autre, au rythme de la flûte et d'une paire de crotales. Ses bras arrondis appelaient quelqu'un, qui s'enfuyait toujours. Elle le poursuivait, plus légère qu'un papillon, comme une Psyché curieuse, comme une âme vagabonde et semblait prête à s'envoler.

Les sons funèbres de la gingras remplacèrent les crotales. L'accablement avait suivi l'espoir. Ses attitudes exprimaient des soupirs, et toute sa personne une telle langueur qu'on ne savait pas si elle pleurait un dieu, ou se mourait dans sa caresse. Les paupières entre-closes, elle se tordait la taille, balançait son ventre avec des ondulations de houle, faisait trembler ses deux seins, et son visage demeurait immobile, et ses pieds n'arrêtaient pas.

Vitellius la compara à Mnester, le pantomime. Aulus vomissait encore. Le Tétrarque se perdait dans un rêve, et ne songeait plus à Hérodias. Il crut la voir près des Sadducéens. La vision s'éloigna.

Ce n'était pas une vision. Elle avait fait instruire, loin de Machaerous, Salomé sa fille, que le Tétrarque aimerait ; et l'idée était bonne. Elle en était sûre, maintenant.

Puis, ce fut l'emportement de l'amour qui veut être assouvi. Elle dansa comme les prêtresses des Indes, comme les Nubiennes des cataractes, comme les bacchantes de Lydie. Elle se renversait de tous les côtés, pareille à une fleur que la tempête agite. Les brillants de ses oreilles sautaient, l'étoffe de son dos chatoyait ; de ses bras, de ses pieds, de ses vêtements jaillissaient d'invisibles étincelles qui enflammaient les hommes. Une harpe chanta ; la multitude y répondit par des acclamations. Sans fléchir ses genoux en écartant les jambes, elle se courba si bien que son menton frôlait le plancher ; et les nomades habitués à l'abstinence, les soldats de Rome experts en débauches, les avares publicains, les vieux prêtres aigris par les disputes, tous, dilatant leurs narines, palpitaient de convoitise.

Ensuite elle tourna autour de la table d'Antipas, frénétiquement, comme le rhombe des sorcières ; et d'une voix que des sanglots de volupté entrecoupaient, il lui disait - « Viens ! viens ! » - Elle tournait toujours ; les tympanons sonnaient à éclater, la foule hurlait. Mais le Tétrarque criait plus fort « Viens ! viens ! Tu auras Capharnaüm ! la plaine de Tibérias ! mes citadelles ! la moitié de mon royaume ! »

Elle se jeta sur les mains, les talons en l'air, parcourut ainsi l'estrade comme un grand scarabée ; et s'arrêta brusquement.

Sa nuque et ses vertèbres faisaient un angle droit. Les fourreaux de couleur qui enveloppaient ses jambes, lui passant par-dessus l'épaule, comme des arcs-en-ciel, accompagnaient sa figure, à une coudée du sol. Ses lèvres étaient peintes, ses sourcils très noirs, ses yeux presque terribles, et des gouttelettes à son front semblaient une vapeur sur du marbre blanc.

Elle ne parlait pas. Ils se regardaient.

Un claquement de doigts se fit dans la tribune. Elle y monta, reparut ; et, en zézayant un peu, prononça ces mots, d'un air enfantin:

- « Je veux que tu me donnes dans un plat... la tête... » Elle avait oublié le nom, mais reprit en souriant : « La tête de Iaokanann ! »

Le Tétrarque s'affaissa sur lui-même, écrasé.

Il était contraint par sa parole, et le peuple attendait. Mais la mort qu'on lui avait prédite, en s'appliquant à un autre, peut-être détournerait la sienne ? Si Iaokanann était véritablement Elie, il pourrait s'y soustraire ; s'il ne l'était pas, le meurtre n'avait plus d'importance.

Mannaeï était à ses côtés, et comprit son intention.

Vitellius le rappela pour lui confier le mot d'ordre, des sentinelles gardant la fosse.

Ce fut un soulagement. Dans une minute, tout serait fini !

Cependant, Mannaeï n'était guère prompt en besogne.

Il rentra, mais bouleversé.

Depuis quarante ans il exerçait la fonction de bourreau. C'était lui qui avait noyé Aristobule, étranglé Alexandre, brûlé vif Matathias, décapité Zosime, Pappus, Joseph et Antipater; et il n'osait tuer Iaokanann ! Ses dents claquaient, tout son corps tremblait.

Il avait aperçu devant la fosse le Grand Ange des Samaritains, tout couvert d'yeux et brandissant un immense glaive, rouge et dentelé comme une flamme. Deux soldats amenés en témoignage pouvaient le dire.

Ils n'avaient rien vu, sauf un capitaine juif, qui s'était précipité sur eux et qui n'existait plus.

La fureur d'Hérodias dégorgea en un torrent d'injures populacières et sanglantes. Elle se cassa les ongles au grillage de la tribune, et les deux lions sculptés semblaient mordre ses épaules et rugir comme elle.

Antipas l'imita, les prêtres, les soldats, les Pharisiens, tous réclamant une vengeance, et les autres, indignés qu'on retardât leur plaisir.

Mannaeï sortit, en se cachant la face.

Les convives trouvèrent le temps encore plus long que la première fois. On s'ennuyait.

Tout à coup, un bruit de pas se répercuta dans les couloirs. Le malaise devenait intolérable.

La tête entra ; - et Mannaeï la tenait par les cheveux, au bout de son bras, fier des applaudissements.

Quand il l'eut mise sur un plat, il l'offrit à Salomé.

Elle monta lestement dans la tribune : plusieurs minutes après, la tête fut rapportée par cette vieille femme que le Tétrarque avait distinguée le matin sur la plate-forme d'une maison, et tantôt dans la chambre d'Hérodias.

Il se reculait pour ne pas la voir. Vitellius y jeta un regard indifférent.

Mannaeï descendit l'estrade, et l'exhiba aux capitaines romains, puis à tous ceux qui mangeaient de ce côté.

Ils l'examinèrent.

La lame aiguë de l'instrument, glissant du haut en bas, avait entamé la mâchoire. Une convulsion tirait les coins de la bouche. Du sang, caillé déjà, parsemait la barbe. Les paupières closes étaient blêmes comme des coquilles ; et les candélabres à l'entour envoyaient des rayons.

Elle arriva à la table des prêtres. Un Pharisien la retourna curieusement ; et Mannaeï, l'ayant remise d'aplomb, la posa devant Aulus, qui en fut réveillé. Par l'ouverture de leurs cils, les prunelles mortes et les prunelles éteintes semblaient se dire quelque chose.

Ensuite Mannaeï la présenta à Antipas. Dses pleurs coulèrent sur les joues du Tétrarque.

Les flambeaux s'éteignaient. Les convives partirent ; et il ne resta plus dans la salle qu'Antipas, les mains contre ses tempes, et regardant toujours la tête coupée, tandis que Phanuel, debout au milieu de la grande nef, murmurait des prières, les bras étendus.

A l'instant où se levait le Soleil, deux hommes, expédiés autrefois par Iaokanann, survinrent, avec la réponse si longtemps espérée.

Ils la confièrent à Phanuel, qui en eut un ravissement.

Puis il leur montra l'objet lugubre, sur le plateau, entre les débris du festin. Un des hommes lui dit :

- « Console-toi ! Il est descendu chez les morts annoncer le Christ ! »

L'Essénien comprenait maintenant ces paroles : « Pour qu'il croisse, il faut que je diminue.»

Et tous les trois, ayant pris la tête de Iaokanann, s'en allèrent du côté de la Galilée.

Comme elle était très lourde, ils la portaient alternativement.

Gustave Flaubert, Hérodias, in Trois contes, ed Folio Gallimard

 

Di-Giovanni-Le-banquet-d-Herode.JPG

Lorenzo Monaco, Le banquet d'Hérode, Louvre

Par sophie - Publié dans : Mythes
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Vendredi 19 mars 2010 5 19 /03 /Mars /2010 20:22

Mc 6,14. Or le roi Hérode entendit parler de Jésus, car Son nom était devenu célèbre; et il disait: Jean-Baptiste est ressuscité d'entre les morts, et c'est pour cela qu'il se fait par lui des miracles.

Mc 6,15. D'autres disaient: C'est Elie. D'autres encore disaient: C'est un prophète, comme l'un des anciens prophètes.

Mc 6,16. Ayant entendu cela, Hérode dit: Ce Jean, à qui j'ai fait trancher la tête, c'est lui qui est ressuscité d'entre les morts.

Mc 6,17. Car Hérode avait envoyé prendre Jean, et l'avait enchaîné en prison, à cause d'Hérodiade, femme de son frère Philippe, qu'il avait épousée.

Mc 6,18. Car Jean disait à Hérode: Il ne t'est pas permis d'avoir la femme de ton frère.

Mc 6,19. Or Hérodiade tendait des pièges à Jean, et voulait le faire mourir; mais elle ne le pouvait pas,

Mc 6,20. Car Hérode craignait Jean, sachant qu'il était un homme juste et saint, et il le gardait, faisait beaucoup de choses selon ses avis, et l'écoutait volontiers.

Mc 6,21. Mais il arriva un jour opportun: à l'anniversaire de sa naissance, Hérode donna un grand festin aux grands, aux officiers et aux principaux de la Galilée.

Mc 6,22. La fille d'Hérodiade étant entrée, et ayant dansé, et ayant plu à Hérode et à ceux qui étaient à table avec lui, le roi dit à la jeune fille: Demande-moi ce que tu voudras, et je te le donnerai.

Mc 6,23. Et il fit ce serment: Tout ce que tu me demanderas, je te le donnerai, quand ce serait la moitié de mon royaume.

Mc 6,24. Elle, étant sortie, dit à sa mère: Que demanderai-je? Sa mère lui dit: La tête de Jean-Baptiste.

Mc 6,25. Et étant rentrée aussitôt en hâte auprès du roi, elle fit sa demande, en disant: Je veux que tu me donnes à l'instant sur un plat la tête de Jean-Baptiste.

Mc 6,26. Le roi fut attristé; mais, à cause de son serment et de ceux qui étaient à table avec lui, il ne voulut pas l'affliger par un refus.

Mc 6,27. Il envoya donc un de ses gardes, et lui ordonna d'apporter la tête de Jean sur un plat. Le garde le décapita dans la prison,

Mc 6,28. et il apporta sa tête sur un plat, et la donna à la jeune fille, et la jeune fille la donna à sa mère.

Mc 6,29. L'ayant appris, les disciples de Jean vinrent, et prirent son corps, et le mirent dans un sépulcre.

Evangile selon Saint-Marc





Danse des sept voiles in Flamenco, Film de Carlos Saura





Pour que sourie encore une fois Jean-Baptiste
Sire je danserais mieux que les séraphins
Ma mère dites-moi pourquoi vous êtes triste
En robe de comtesse à côté du Dauphin

Mon coeur battait battait très fort à sa parole
Quand je dansais dans le fenouil en écoutant
Et je brodais des lys sur une banderole
Destinée à flotter au bout de son bâton

Et pour qui voulez-vous qu'à présent je la brode
Son bâton refleurit sur les bords du Jourdain
Et tous les lys quand vos soldats ô roi Hérode
L'emmenèrent se sont flétris dans mon jardin

Venez tous avec moi là-bas sous les quinconces
          Ne pleure pas ô joli fou du roi
Prends cette tête au lieu de ta marotte et danse
N'y touchez pas son front ma mère est déjà froid

Sire marchez devant trabans marchez derrière
Nous creuserons un trou et l'y enterrerons
Nous planterons des fleurs et danserons en rond
Jusqu'à l'heure où j'aurai perdu ma jarretière
        Le roi sa tabatière
        L'infante son rosaire
        Le curé son bréviaire
.


Apollinaire, in Alcools



decapitationdesaintjeanbaptiste.jpg

Caravage, Décapitation de Jean-Baptiste, 1608
Par sophie - Publié dans : Mythes - Communauté : Poé-vie
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