La lune, Rue pavée - J Reda
Je crois que la lune est entrée et vit dans cette chambre
Où je la vois me regarder à sa vitre, là-haut.
Toujours quelque chose de tendre imprègne le halo
De sa face aussi froide au printemps qu'en décembre
Et satisfaite aussi de se dérober au cahot
Des toits pointus, des nuages qu'un vent dément démembre
Sous sa tête sans bras ni corps de marbre et qui ressemble
A ta soeur pékinoise, ô Vénus de Milo.
Moi je vais de la rue Pavée à la rue Saint-Antoine
En faisant retentir l'asphalte aux reflets de cétoine,
Sous cet oeil qui m'observe et qui bouge. On dirait
Qu'il cherche à m'indiquer, de son éclatante boussole
Sans aiguille, le nord mental dont la neige console
Un voyageur longtemps leurré par la forêt.
J. Réda, in L'adoption du système métrique, Gallimard
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