Top articles
-
Booz endormi - Hugo et P. Michon
«J'ai prié une autre fois au mois d'octobre, quelques années plus tôt. Un enfant était né dans la nuit, je venais de rentrer chez moi au petit matin. Quelque chose me vint qui était de l'envie de prier, de clore, de m'ouvrir. Assis sur mon lit, tranquille,...
-
A René-Guy Cadou - Pierre Seghers
Si La mort Vient un soir De plus grand vent Déchirant les arbres Si les fleuves du ciel S'écaillent passé l'automne Si le bonhomme sous les feuilles Avec la neige fond et s'enfonce Dans le pays des sèves et des mots Ah! si tout s'en va dans les campagnes...
-
Au bout du petit matin - Aimé Césaire
Au bout du petit matin, une autre petite maison qui sent très mauvais dans une rue très étroite, une maison minuscule qui abrite en ses entrailles de bois pourri des dizaines de rats et la turbulence de mes six frères et soeurs, une petite maison cruelle...
-
Que ce monde demeure - Bonnefoy et C Roy
20 octobre 1978 Un jour où il s'était surpris à être plus affirmatif qu'à l'accoutumée, Yves Bonnefoy murmure en souriant: "J'ai commis le péché de réponse." Si tous ceux qui ont commis ce péché s'en accusaient, même à mi-voix, quel tumulte, quel grondement...
-
Testament - R. Gilbert-Lecomte
Je viens de loin de beaucoup plus loin qu'on ne pourrait croire Et les confins de nuit les déserts de la faim savent seuls mon histoire Avec ses ongles avec ses dents celle qui est partout m'a fait mal Et surtout son affreux regard de boue m'a fait mal...
-
Sonnet II - Square de Louvois - Jacques Roubaud
Square de Louvois Peut-être mille fois en trente ans je me suis Assis sur un banc vert dans le square de Louvois Le soleil sur les yeux, seul, entouré des bruits De fontaines bavant, et traversé de voix. A l'éblouissement des jets d'eaux j'étais, moi,...
-
Intelligence - C Roy
Septembre 1977 L'intelligence, c'est la perception de liens exacts entre les phénomènes. L'amour et l'amitié, c'est l'établissement de liens justes entre les êtres. La science, c'est la découverte de liens encore in-vus entre les phénomènes et dont on...
-
De quel pays êtes-vous? - H. Sanguinetti
Une petite voix qui insiste c’était, et venue de très loin passée sous l’armure, venue de là-dessous, venue de là ? « Je ne suis pas de ce pays, pas d’ici, je ne suis pas d’ici » Ainsi disait en se touchant les lèvres qui saignaient encore un peu, celle...
-
Je ne t'en aimerai que plus - M Darwish
Enorgueillis-toi. Sois hautaine. Quel que soit ton dédain, Tu resteras un ange à mes yeux et dans ma chair. Tu resteras telle que mon amour a décidé que je te voie Ton souffle semblable à l'ambre, Le sol que tu foules tel le miel, Et je n'en t'aimerai...
-
La plus belle des créatures - Nazim Hikmet
Merci Jacques pour ce beau poème Comme le scorpion, mon frère, Tu es comme le scorpion, dans une nuit d'épouvante. Comme le moineau, mon frère, Tu es comme le moineau, dans ses menues inquiétudes. Comme la moule, mon frère, Tu es comme la moule, enfermée...
-
La bonne vie - Roger Gilbert-Lecomte
Je suis né comme un vieux Je suis né comme un porc Je suis né comme un dieu Je suis né comme un mort Ou ne valant pas mieux J’ai joui comme un porc J’ai joui comme un vieux J’ai joui comme un mort J’ai joui comme un dieu Sans trouver cela mieux J’ai souffert...
-
Barbara - Prévert
Rappelle-toi Barbara Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là Et tu marchais souriante Épanouie ravie ruisselante Sous la pluie Rappelle-toi Barbara Il pleuvait sans cesse sur Brest Et je t'ai croisée rue de Siam Tu souriais Et moi je souriais de même...
-
L'enfant qui battait la campagne - C Roy
Vous me copierez deux cents fois le verbe : Je n'écoute pas. Je bats la campagne. Je bats la campagne, tu bats la campagne, il bat la campagne à coups de bâton. La campagne ? Pourquoi la battre ? Elle ne m'a jamais rien fait. C'est ma seule amie, la campagne....
-
Cet amour - Prévert
Cet amour Si violent Si fragile Si tendre Si désespéré Cet amour Beau comme le jour Et mauvais comme le temps Quand le temps est mauvais Cet amour si vrai Cet amour si beau Si heureux Si joyeux Et si dérisoire Tremblant de peur comme un enfant dans le...
-
A Philis - Pierre de Marbeuf
Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage, Et la mer est amère et l'amour est amer, L'on s'abîme en amour aussi bien qu'en la mer, Car la mer et l'amour ne sont point sans orage. Celui qui craint les eaux, qu'il demeure au rivage, Celui qui craint...
-
Nuit Rhénane - Apollinaire
Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme Ecoutez la chanson lente d'un batelier Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds Debout chantez plus haut en dansant une ronde Que je n'entende...
-
Les yeux des pauvres - Baudelaire
Ah! vous voulez savoir pourquoi je vous hais aujourd'hui. Il vous sera sans doute moins facile de le comprendre qu'à moi de vous l'expliquer; car vous êtes, je crois, le plus bel exemple d'imperméabilité féminine qui se puisse rencontrer. Nous avions...
-
Morbihan - Guillevic
Ce qui fut fait à ceux des miens, Qui fut exigé de leurs mains, Du dos cassé, des reins vrillés, Vieille à trente ans, morte à vingt ans, Quand le regard avait pour âge L’âge qu’on a pour vivre clair, Ce qui fut fait à ceux des miens, Pas de terre assez...
-
La naissance - Nâzim Hikmet
Sa mère m'a donné un garçon, un garçon blond sans sourcils, une boule de lumière enfouie dans des langes tout bleus, qui pèse trois kilos. Quand mon fils est né des enfants sont nés en Corée, Ils étaient pareils à des tournesols jaunes. MacArthur les...
-
Sous cette croûte - A Artaud
Sous cette croûte d'os et de peau, qui est ma tête, il y a une constance d'angoisses, non comme un point moral, comme les ratiocinations d'une nature imbécilement pointilleuse, ou habitée d'un levain d'inquiétudes dans le sens de sa hauteur, mais comme...
-
Le temps a laissé son manteau - C d'Orléans
Le temps a laissé son manteau De vent, de froidure et de pluie Et s'est vêtu de broderie, De soleil luisant, clair et beau. Il n'y a bête ni oiseau Qu'en son jargon ne chante ou crie: Le temps a laissé son manteau De vent, de froidure et de pluie. Rivière,...
-
Chanson grave - Queneau
Passez loin de l'horloge elle mord elle mord Passez loin de l'horloge y habite la mort Les aiguilles qui tournent graveront vos soucis Les aiguilles qui tournent graveront vos ennuis Sur tous ces beaux visages qui sourient sans savoir Sur tous ces beaux...
-
Sonnet à Tommaso Cavalieri - Michel-Ange
Je vois par vos beaux yeux une douce lumière que par les miens, aveugles, je ne saurais voir; je porte avec vos pieds un fardeau sur l'échine que les miens claudicants, n'auraient jamais souffert; Je vole avec vos ailes, moi qui suis sans plumes, par...
-
La grand-mère - Nerval
Voici trois ans qu’est morte ma grand-mère, — La bonne femme, — et, quand on l’enterra, Parents, amis, tout le monde pleura D’une douleur bien vraie et bien amère. Moi seul j’errais dans la maison, surpris Plus que chagrin ; et, comme j’étais proche De...
-
Lumière - Guillevic
Ce n'est pas vrai que tout amour décline, Ce n'est pas vrai qu'il nous donne au malheur, Ce n'est pas vrai qu'il nous mène au regret, Quand nous voyons à deux la rue vers l'avenir. Ce n'est pas vrai que tout amour dérive, Quand les forces qui montent...