Mardi 1 février 2011 2 01 /02 /Fév /2011 21:34

L’après-midi où il plut des grenouilles, des perches et des vairons, Sunset découvrit qu’elle pouvait se prendre une raclée digne de celle de Jack Trois-Doigts. Mais si Jack avait eu droit à la sienne en plein soleil, pou elle, cela se passa dans sa propre maison pendant un cyclone, alors que les fenêtres tremblaient, que le toit se soulevait et que le plancher en bois avait la froideur de la pierre.

            Elle  était allongée sur le dos, vêtue seulement de la moitié supérieure de sa robe, vu que le reste avait été arraché quand Pete, tout en la cognant, avait marché dessus ; cette foutue robe, aussi pourrie que la politique, s’était déchirée et ne lui avait plus couvert que le torse.

            Il lui passa par la tête qu’il ne lui en restait plus désormais que deux, et ça ne lui plaisait pas du tout de perdre celle-ci, parce qu’elle avait beau être usée, son motif floral lui plaisait et ses taches se fondaient bien dans ses couleurs.

            Mais ce fut une pensée fugitive. Elle cherchait surtout un moyen d’échapper à la bastonnade. Elle levait les mains pour se protéger, mais les coups de Pete les repoussaient et, en rebondissant contre son visage, elles faisaient presque autant de dégâts que les poings de son homme.

            Finalement, il la cloua  au sol, s’écrasa sur elle, lui écarta les jambes et s’attaqua au reste de ses vêtements.

            Quand le haut de la robe céda et qu’il dégagea un côté de son soutien-gorge, il grommela :

-       Ca, c’est du nichon !

Il avait du mal à articuler et son haleine empestait l’alcool.

Il arracha son slip. Il détacha l’étui de son revolver et le balança à côté de lui. Tandis qu’il était sur elle à batailler avec sa fermeture éclair dans l’intention de faire entrer sa mule dans la grange, Sunset tendit la main et sortit le .38 de son holster. Tout à son excitation, Pete ne se rendit pas compte qu’elle le posait contre sa tête.

Elle lui en colla une dans la tempe.

Quand elle pressa la détente, la détonation fut si forte  qu’elle eut l’impression d’être propulsée jusqu’au ciel par l’ange Gabriel en personne, sauf que ce fut Pete qui y monta. Ou, en tout cas, qui y alla. Plus tard, Sunset s’imagina avec délectation qu’il avait eu droit à une chouette place en Enfer, juste à côté du grand four.

Mais là, le coup de feu lui fit pousser un hurlement – un cri aigu et perçant comme si c’était elle qui avait reçu cette balle, ou une claque sur les fesses à l’instant de sa naissance.

Pete s’affaissa – et pas seulement l’organe qu’il avait eu l’intention d’utiliser, mais tout le corps. Il ne prononça pas un mot. Ni « Ouille ! », ni « Oh merde ! », ni « C’est dingue ! », le genre de truc qu’il aimait dire en temps normal dans les moments de surprise ou de stress.

Non, il se contenta d’encaisser la décharge brûlante,  de lâcher un pet presque aussi sonore que la détonation du .38, et de s’en aller sur le cheval noir de la Mort.

Et comme si cela ne suffisait pas que Sunset perde sa robe, ses sous-vêtements et sa dignité, toutes les fenêtres du côté est  de la maison commencèrent à trembler comme les chaines de Marley avant d’exploser. La porte aussi vola en éclats comme si elle n’avait jamais été qu’un puzzle aux pièces vaguement emboîtée, et la tornade emporta le toit.

Sunset resta immobile un instant, allongée sur le dos, des fragments de vêtements accrochés à elles, ses vielles chaussures à talons plats toujours aux pieds, un morceau de vitre planté sur l’épaule, et Pete écroulé lourdement sur elle. Elle n’avait pas lâché le revolver. Le projectile avait fait un petit trou en entrant et n’était pas ressorti par un second, plus gros, comme elle s’y attendait. La cartouche devait être défectueuse ; la balle avait juste rebondi dans son cerveau, le transformant en marmelade. Du sang coulait sur elle du crâne et du nez de Pete.

Elle fit rouler le cadavre de Pete sur le côté et le considéra. Pas d’erreur, il ne s’en remettrait pas.

-       Je t’ai fait une surprise, non ? s’exclama-t-elle.

Elle étudia Pete un long moment, puis elle se mit à hurler comme si elle était soudain possédée par une banshee. Pourtant, on ne l’aurait même pas entendue de la pièce à côté. Son hurlement était puissant, mais l’ouragan était encore plus bruyant. La maison tanguait, craquait, couinait et gémissait.

Et brusquement, à l’exception du plancher, de deux fauteuils horribles, de la cuisinière de fonte, de Sunset et du mort, tout fut aspiré et éparpillé en un instant dans le paysage.

Sunset s’accrocha au plancher sans cesser de gueuler tandis que le cyclone se déchainait.

 

Joe R. Lansdale, Du sang dans la sciure/Sunset and sawdust, Folio Policier

Par sophie - Publié dans : Littérature
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Jeudi 20 janvier 2011 4 20 /01 /Jan /2011 20:25

 

Je ne peux faire taire une certaine tendresse pour la paranoïa. Bien sûr, en tant que citoyen je la fuis et en tant que psychiatre je la redoute, mais si je l'évoque in abstracto j'y vois la plus esthétique des maladies mentales. Belle, gratuite et aussi mystérieusement signifiante qu'une corrida. J'admire ses combats furieux contre le plaisir, les profils de bretteurs qu'elle grave à l'acide, la ravageuse inanité de ses charges. Sans doute parce qu'elle plonge ses racines dans une monstrueuse soif de justice, de pureté et de victoire, ce fonds commun de l'enfance que déçoit, défaite après défaite, la vie.

Pour son plus grand malheur, le paranoïaque exige la justice dans un monde où règne la loi. Alors il peste contre l'avocat qui a mal plaidé, contre le bâtonnier qui le couvre, contre le magistrat qui déboute, contre le procureur qui classe - et l'on sent bien qu'il n'a pas tort de s'acharner ainsi. On ne peut en vouloir au taureau d'être si têtu quand, dans l'arène, il se laisse prendre au piège de la muleta.

Cette évocation réveille quelques figures admirables: la crapule désoeuvrée qui trouve dans un mur mitoyen une mine de casus belli; l'hémorroïdaire acharné à se faire rembourser son papier hygiénique par la sécurité sociale; la bourgeoise inculte et teigneuse qui voit partout la main du contre-espionnage et s'arme contre des quidams; le spolié de trois sous qui écrit au Garde des Sceaux son intention de trucider un juge. Quelques mouvements de cape et ce petit monde vient plier le jarret à l'hôpital psychiatrique, où l'on cherche des compromis en prenant garde aux soubresauts.

En 1910, Freud écrit à Ferenczi cette phrase restée célèbre: "J'ai réussi où le paranoïaque échoue." Le reste de la lettre contient en germe le théorie de l'homosexualité inconsciente dans la paranoïa, que l'étude du président Schreber affinera l'année suivante. Mais à suivre de trop près le commentaire savant on s'aveuglerait sur l'évidence du message: Freud a arpenté les mêmes sentiers que les grands fous; à partir de 1910 il se sait rationnellement spéculatif, mais jusqu'alors il a eu peur d'être délirant. Nulle création, nulle pensée novatrice hors de ce chemin commun avec le psychotique. Il y a dans chacun de ces égarés qui échouent à l'asile un roitelet sans royaume et un génie sans oeuvre. Un Freud, un Beethoven, un Flaubert ou un Picasso - ratés, certes, mais parfois de peu.

 

E Venet, Précis de médecine imaginaire, ed. Verdier

Par sophie - Publié dans : Littérature
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Lundi 17 janvier 2011 1 17 /01 /Jan /2011 20:57

 

Je n'aime pas 

Qu'il y ait en moi

 

Ces espèces de brouillards

Qui empiètent sur mon domaine

 

Et ne me laissent pas voir

Où je suis, où j'en suis.

 

Alors j'attaque, je ramasse

Tout ce qu'au-dedans je trouve

 

Et tout ce qu'au-dehors j'arrache

Comme clarté ou moyen d'en faire naître.

 

Dans ce dehors,

les mots percent.

 

Les mots sont des épées 

Contre les ventres des brouillards.

 

Guillevic, L'Art Poétique, Gallimard

Par sophie - Publié dans : P XXè - Rochefort - Communauté : Poé-vie
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Vendredi 14 janvier 2011 5 14 /01 /Jan /2011 20:54

(…)   Simplement, il faut se demander ce que devient effectivement l’homme dans ce système, et si l’on peut conserver l’espoir si souvent formulé de façon idéaliste  que cet homme « prend en main », dirige, organise, choisit et oriente la Technique.

         Seligman a souligné en une formule saisissant la mutation technicienne en ce domaine : l’Homo faber a cessé d’exister, il est devenu animal laborieux – et l’homme qui se trouvait autrefois au centre du travail, pour qui, Marx le rappelait sans cesse, le travail avait un sens décisif, est maintenant peu à peu évacué du travail : il se trouve selon la formule de Seligman « à la périphérie du travail ».  Il nous faut alors nous poser la question : qui est l’homme à qui on attribue le pouvoir de choix, de décision, d’initiative, d’orientation ? Non plus un grec du temps de Périclès ni un prophète juif ni un moine du XIIème siècle. C’est un homme qui est tout entier déjà plongé dans la sphère du technique. Il n’est pas autonome par rapport à ces objets. Il n’est pas souverain ni doté d’une personnalité irréformable.

         (…) L’homme apparaissant à la conscience trouve la technique « déjà là ». La technique constitue pour li un milieu dans lequel il entre, où il s’insère. Il est parfaitement vain de dire que la technique n’est pas un vrai milieu : quoi que cet homme voie ou utilise, c’est un objet technique. Il n’a pas à choisir une voie ou une autre. Il est tout de suite dans cet univers de machines ou de produits. Et les plus innocents, le bouton électrique ou le robinet d’eau, sont les plus immédiats témoins de cette technicité. Or, ce milieu conforme sans que l’on sans rende compte aux comportements nécessaires, aux orientations idéologiques – qui contesterait ce « déjà là ? – il est acquis comme une évidence. (..) très vite l’homme pense conformément à son milieu. Il est formé pour le confort et l’efficacité. Il ne vient pas plus à l’idée de celui qui s’éveille à la conscience de récuser, de contester le milieu technique sous ses aspects sensibles, qu’à l’homme du XIIème siècle de contester l’arbre, la pluie, la cascade. Assurément il ne voit pas de quoi il s’agit, il ne discerne pas « le système technicien », les « lois » de la Technique. Mais pas davantage, l’homme du XIIème s ne connaissaient les « lois » physiques, chimiques, biologiques et les processus unissant en un ensemble les phénomènes qu’il percevait comme séparés. Etre situé dans un univers  technicien, et en même temps ne pas en discerner le système est la meilleure condition pour y être intégré, en faire partie de toute évidence, sans même sans rendre compte.

         Or, ceci se trouve complété par un second fait : toute formation intellectuelle prépare à rentrer de façon positive et efficace dans le monde technicien. Celui-ci est tellement devenu un milieu, que c’est ce milieu qu’on adapte à la culture, les méthodes, les connaissances de tous les jeunes. L’humanisme est dépassé au profit de la formation technique et scientifique parce que le milieu dans lequel l’écolier plongera n’est pas d’abord un milieu humain mais un milieu technicien. On le prépare à y remplir son office c’est à dire qu’on le prépare à y exercer une profession, mais celle-ci suppose la connaissance de certaines techniques et l’usage d’appareils techniques..

         L’éducation, l’instruction n’ont plus aucune « gratuité », doivent servir efficacement. Et toutes les critiques dirigées contre l’enseignement tournent toujours autour de ceci : « on apprend des quantités de choses inutiles. L’important est de préparer à une profession (c’est à dire aux techniques de tel métier). » Tout enseignement aujourd’hui tend à devenir technique et il ne se justifie aux yeux du public que s’il a cet enracinement là dans ce concret-là. Dès lors comment le jeune formé de cette façon pourrait-il procéder à des choix, à des décisions à l’égard de la technique ? (…) La célèbre « crise » de l’université française n’a pas d’autre source que l’inadaptation de ce corps à la formation technique : c’est ce qu’on appelle « préparer à entrer dans la société ». Or il ne faut pas oublier que cette formation est de plus en plus spécialisée, avec une rigueur incroyable : la formation par exemple d’un programmateur informatique comporte six spécialisations très séparées. Comment eut-on qu’un homme ainsi formé ait la moindre possibilité de critique ou de reprise en main du système technique ?

 

J, Ellul, Le système technicien, Le cherche midi, 2004

Par sophie - Publié dans : Politique
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Mardi 11 janvier 2011 2 11 /01 /Jan /2011 09:46

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Par sophie - Publié dans : Hors-catégorie
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Jeudi 6 janvier 2011 4 06 /01 /Jan /2011 19:05

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Par sophie
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Vendredi 31 décembre 2010 5 31 /12 /Déc /2010 17:13

Les deux plus mémorables barricades que l’observateur des maladies sociales puisse mentionner n’appartiennent point à la période où est placée l’action de ce livre. Ces deux barricades, symboles toutes les deux, sous deux aspects différents, d’une situation redoutable, sortirent de terre lors de la fatale insurrection de juin 1848, la plus grande guerre des rues qu’ait vue l’histoire.  

Il arrive quelquefois que, même contre les principes, même contre la liberté, l’égalité et la fraternité, même contre le vote universel, même contre le gouvernement de tous par tous, du fond de ses angoisses, de ses découragements, de ses dénûments, de ses fièvres, de ses détresses, de ses miasmes, de ses ignorances, de ses ténèbres, cette grande désespérée, la canaille, proteste, et que la populace livre bataille au peuple.

Les gueux attaquent le droit commun ; l’ochlocratie s’insurge contre le démos.

Ce sont là des journées lugubres ; car il y a toujours une certaine quantité de droit même dans cette dénience, il y a du suicide dans ce duel, et ces mots, qui veulent être des injures, gueux, canailles, ochlocratie, populace, constatent, hélas ! plutôt la faute de ceux qui règnent que la faute de ceux qui souffrent ; plutôt la faute des privilégiés que la faute des déshérités.

Quant à nous, ces mots-là, nous ne les prononçons jamais sans douleur et sans respect, car, lorsque la philosophie sonde les faits auxquels ils correspondent, elle y trouve souvent bien des grandeurs à côté des misères. Athènes était une ochlocratie ; les gueux ont fait la Hollande ; la populace a plus d’une fois sauvé Rome ; et la canaille suivait Jésus-Christ.

Il n’est pas de penseur qui n’ait parfois contemplé les magnificences d’en bas.

C’est à cette canaille que songeait sans doute saint Jérôme, et à tous ces pauvres gens, et à tous ces vagabonds, et à tous ces misérables d’où sont sortis les apôtres et les martyrs, quand il disait cette parole mystérieuse : Fex urbis, lex orbis.

Les exaspérations de cette foule qui souffre et qui saigne, ses violences à contre-sens sur les principes qui sont sa vie, ses voies de fait contre le droit, sont des coups d’État populaires, et doivent être réprimés. L’homme probe s’y dévoue, et, par amour même pour cette foule, il la combat. Mais comme il la sent excusable tout en lui tenant tête ! comme il la vénère tout en lui résistant ! C’est là un de ces moments rares où, en faisant ce qu’on doit faire, on sent quelque chose qui déconcerte et qui déconseillerait presque d’aller plus loin ; on persiste, il le faut ; mais la conscience satisfaite est triste, et l’accomplissement du devoir se complique d’un serrement de cœur.

Juin 1848 fut, hâtons-nous de le dire, un fait à part, et presque impossible à classer dans la philosophie de l’histoire. Tous les mots que nous venons de prononcer doivent être écartés quand il s’agit de cette émeute extraordinaire où l’on sentit la sainte anxiété du travail réclamant ses droits. Il fallut la combattre, et c’était le devoir, car elle attaquait la République. Mais, au fond, que fut juin 1848 ? Une révolte du peuple contre lui-même.

Là où le sujet n’est point perdu de vue, il n’y a point de digression ; qu’il nous soit donc permis d’arrêter un moment l’attention du lecteur sur les deux barricades absolument uniques dont nous venons de parler et qui ont caractérisé cette insurrection.

L’une encombrait l’entrée du faubourg Saint-Antoine ; l’autre défendait l’approche du faubourg du Temple ; ceux devant qui se sont dressés, sous l’éclatant ciel bleu de juin, ces deux effrayants chefs-d’œuvre de la guerre civile, ne les oublieront jamais.

La barricade Saint-Antoine était monstrueuse ; elle était haute de trois étages et large de sept cents pieds. Elle barrait d’un angle à l’autre la vaste embouchure du faubourg, c’est-à-dire trois rues ; ravinée, déchiquetée, dentelée, hachée, crénelée d’une immense déchirure, contre-butée de monceaux qui étaient eux-mêmes des bastions, poussant des caps çà et là, puissamment adossée aux deux grands promontoires de maisons du faubourg, elle surgissait comme une levée cyclopéenne au fond de la redoutable place qui a vu le 14 juillet. Dix-neuf barricades s’étageaient dans la profondeur des rues derrière cette barricade mère. Rien qu’à la voir, on sentait dans le faubourg l’immense souffrance agonisante arrivée à cette minute extrême où une détresse veut devenir une catastrophe. De quoi était faite cette barricade ? De l’écroulement de trois maisons à six étages, démolies exprès, disaient les uns. Du prodige de toutes les colères, disaient les autres. Elle avait l’aspect lamentable de toutes les constructions de la haine : la ruine. On pouvait dire : qui a bâti cela ? On pouvait dire aussi : qui a détruit cela ? C’était l’improvisation du bouillonnement. Tiens ! cette porte ! cette grille ! cet auvent ! ce chambranle ! ce réchaud brisé ! cette marmite fêlée ! Donnez tout ! jetez tout ! poussez, roulez, piochez, démantelez, bouleversez, écroulez tout ! C’était la collaboration du pavé, du moellon, de la poutre, de la barre de fer, du chiffon, du carreau défoncé, de la chaise dépaillée, du trognon de chou, de laloque, de la guenille, et de la malédiction. C’était grand et c’était petit. C’était l’abîme parodié sur place par le tohu-bohu. La masse près de l’atome ; le pan de mur arraché et l’écuelle cassée ; une fraternisation menaçante de tous les débris ; Sisyphe avait jeté là son rocher et Job son tesson. En somme, terrible. C’était l’acropole des va-nu-pieds. Des charrettes renversées accidentaient le talus ; un immense haquet y était étalé en travers, l’essieu vers le ciel, et semblait une balafre sur cette façade tumultueuse, un omnibus, hissé gaîment à force de bras tout au sommet de l’entassement, comme si les architectes de cette sauvagerie eussent voulu ajouter la gaminerie à l’épouvante, offrait son timon dételé à on ne sait quels chevaux de l’air. Cet amas gigantesque, alluvion de l’émeute, figurait à l’esprit un Ossa sur Pélion de toutes les révolutions ; 93 sur 89, le 9 thermidor sur le 10 août, le 18 brumaire sur le 21 janvier, vendémiaire sur prairial, 1848 sur 1830. La place en valait la peine, et cette barricade était digne d’apparaître à l’endroit même où la Bastille avait disparu. Si l’océan faisait des digues, c’est ainsi qu’il les bâtirait. La furie du flot était empreinte sur cet encombrement difforme. Quel flot ? la foule. On croyait voir du vacarme pétrifié. On croyait entendre bourdonner, au-dessus de cette barricade, comme si elles eussent été là sur leur ruche, les énormes abeilles ténébreuses du progrès violent. Était-ce une broussaille ? était-ce une bacchanale ? était-ce une forteresse ? Le vertige semblait avoir construit cela à coups d’aile. Il y avait du cloaque dans cette redoute et quelque chose d’olympien dans ce fouillis. On y voyait, dans un pêle-mêle plein de désespoir, des chevrons de toits, des morceaux de mansardes avec leur papier peint, des châssis de fenêtres avec toutes leurs vitres plantés dans les décombres, attendant le canon, des cheminées descellées, des armoires, des tables, des bancs, un sens dessus dessous hurlant, et ces mille choses indigentes, rebuts même du mendiant, qui contiennent à la fois de la fureur et du néant. On eût dit que c’était le haillon d’un peuple, haillon de bois, de fer, de bronze, de pierre, et que le faubourg Saint-Antoine l’avait poussé là à sa porte d’un colossal coup de balai, faisant de sa misère sa barricade. Des blocs pareils à des billots, des chaînes disloquées, des charpentes à tasseaux ayant forme de potences, des roues horizontales sortant des décombres, amalgamaient à cet édifice de l’anarchie la sombre figure des vieux supplices soufferts par le peuple. La barricade Saint-Antoine faisait arme de tout ; tout ce que la guerre civile peut jeter à la tête de la société sortait de là ; ce n’était pas du combat, c’était du paroxysme ; les carabines qui défendaient cette redoute, parmi lesquelles il y avait quelques espingoles, envoyaient des miettes de faïence, des osselets, des boutons d’habit, jusqu’à des roulettes de tables de nuit, projectiles dangereux à cause du cuivre. Cette barricade était forcenée ; elle jetait dans les nuées une clameur inexprimable ; à de certains moments, provoquant l’armée, elle se couvrait de foule et de tempête, une cohue de têtes flamboyantes la couronnait ; un fourmillement l’emplissait ; elle avait une crête épineuse de fusils, de sabres, de bâtons, de haches, de piques et de bayonnettes ; un vaste drapeau rouge y claquait dans le vent ; on y entendait les cris du commandement, les chansons d’attaque, des roulements de tambours, des sanglots de femmes, et l’éclat de rire ténébreux des meurt-de-faim. Elle était démesurée et vivante ; et, comme du dos d’une bête électrique, il en sortait un pétillement de foudres. L’esprit de révolution couvrait de son nuage ce sommet où grondait cette voix du peuple qui ressemble à la voix de Dieu ; une majesté étrange se dégageait de cette titanique hottée de gravats. C’était un tas d’ordures et c’était le Sinaï.

Comme nous l’avons dit plus haut, elle attaquait au nom de la Révolution, quoi ? la Révolution. Elle, cette barricade, le hasard, le désordre, l’effarement, le malentendu, l’inconnu, elle avait en face d’elle l’assemblée constituante, la souveraineté du peuple, le suffrage universel, la nation, la République ; et c’était la Carmagnole défiant la Marseillaise.

 

V. Hugo, Chapitre 1 Livre V, Les Misérables

Par sophie - Publié dans : Littérature
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Mardi 28 décembre 2010 2 28 /12 /Déc /2010 15:47
Par sophie - Publié dans : Cinéma
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Dimanche 26 décembre 2010 7 26 /12 /Déc /2010 08:57

Etant, comme il se qualifiait lui-même en souriant, un ex-pêcheur, il n'avait aucun des escarpements du rigorisme, et il professait assez haut, et sans le froncement de sourcil des vertueux féroces, une doctrine qu'on pourrait résumer à peu près ainsi:

«L'homme a sur lui la chair qui est tout à la fois son fardeau et sa tentation. Il la traîne et lui cède.

«Il doit la surveiller, la contenir, la réprimer, et ne lui obéir qu'à la dernière extrémité. Dans cette obéissance-là, il peut encore y avoir de la faute; mais la faute, ainsi faite, est vénielle. C'est une chute, mais une chute sur les genoux, qui peut s'achever en prière.

«Etre un saint, c'est l'exception; être un juste, c'est la règle. Errez, défaillez, péchez, mais soyez des justes. «Le moins de péché possible, c'est la loi de l'homme. Pas de péché du tout est le rêve de l'ange. Tout ce qui est terrestre est soumis au péché. Le péché est une gravitation.»

Quand il voyait tout le monde crier bien fort et s'indigner bien vite: – Oh! oh! disait-il en souriant, il y a apparence que ceci est un gros crime que tout le monde commet. Voilà les hypocrisies effarées qui se dépêchent de protester et de se mettre à couvert.

Il était indulgent pour les femmes et les pauvres sur qui pèse le poids de la société humaine. Il disait: – Les fautes des femmes, des enfants, des serviteurs, des faibles, des indigents et des ignorants sont la faute des maris, des pères, des maîtres, des forts, des riches et des savants.

Il disait encore: – A ceux qui ignorent, enseignez-leur le plus de choses que vous pourrez; la société est coupable de ne pas donner l'instruction gratis; elle répond de la nuit qu'elle produit. Cette âme est pleine d'ombre, le péché s'y commet. Le coupable n'est pas celui qui y fait le péché, mais celui qui y a fait l'ombre.

Comme on voit, il avait une manière étrange et à lui de juger les choses. Je soupçonne qu'il avait pris cela dans l'évangile.

Il entendit un jour conter dans un salon un procès criminel qu'on instruisait et qu'on allait juger. Un misérable homme, par amour pour une femme et pour l'enfant qu'il avait d'elle, à bout de ressources, avait fait de la fausse monnaie. La fausse monnaie était encore punie de mort à cette époque. La femme avait été arrêtée émettant la première pièce fausse fabriquée par l'homme. On la tenait, mais on n'avait de preuves que contre elle. Elle seule pouvait charger son amant et le perdre en avouant. Elle nia. On insista. Elle s'obstina à nier. Sur ce, le procureur du roi avait eu une idée. Il avait supposé une infidélité de l'amant, et était parvenu, avec des fragments de lettres savamment présentés, à persuader à la malheureuse qu'elle avait une rivale et que cet homme la trompait. Alors, exaspérée de jalousie, elle avait dénoncé son amant, tout avoué, tout prouvé. L'homme était perdu. Il allait être prochainement jugé à Aix avec sa complice. On racontait le fait, et chacun s'extasiait sur l'habileté du magistrat. En mettant la jalousie en jeu, il avait fait jaillir la vérité par la colère, il avait fait sortir la justice de la vengeance. L'évêque écoutait tout cela en silence. Quand ce fut fini, il demanda:

– Où jugera-t-on cet homme et cette femme?

– A la cour d'assises.

Il reprit: – Et où jugera-t-on monsieur le procureur du roi?

 

Il arriva à Digne une aventure tragique. Un homme fut condamné à mort pour meurtre. C'était un malheureux pas tout à fait lettré, pas tout à fait ignorant, qui avait été bateleur dans les foires et écrivain public. Le procès occupa beaucoup la ville. La veille du jour fixé pour l'exécution du condamné, l'aumônier de la prison tomba malade. Il fallait un prêtre pour assister le patient à ses derniers moments. On alla chercher le curé. Il paraît qu'il refusa en disant: Cela ne me regarde pas. Je n'ai que faire de cette corvée et de ce saltimbanque; moi aussi, je suis malade; d'ailleurs ce n'est pas là ma place. On rapporta cette réponse à l'évêque qui dit: – Monsieur le curé a raison. Ce n'est pas sa place, c'est la mienne.

Il alla sur-le-champ à la prison, il descendit au cabanon du «saltimbanque», il l'appela par son nom, lui prit la main et lui parla. Il passa toute la journée et toute la nuit près de lui, oubliant la nourriture et le sommeil, priant Dieu pour l'âme du condamné et priant le condamné pour la sienne propre. Il lui dit les meilleures vérités qui sont les plus simples. Il fut père, frère, ami; évêque pour bénir seulement. Il lui enseigna tout, en le rassurant et en le consolant. Cet homme allait mourir désespéré. La mort était pour lui comme un abîme. Debout et frémissant sur ce seuil lugubre, il reculait avec horreur. Il n'était pas assez ignorant pour être absolument indifférent. Sa condamnation, secousse profonde, avait en quelque sorte rompu çà et là autour de lui cette cloison qui nous sépare du mystère des choses et que nous appelons la vie. Il regardait sans cesse au dehors de ce monde par ces brèches fatales, et ne voyait que des ténèbres. L'évêque lui fit voir une clarté.

Le lendemain, quand on vint chercher le malheureux, l'évêque était là. Il le suivit. Il se montra aux yeux de la foule en camail violet et avec sa croix épiscopale au cou, côte à côte avec ce misérable lié de cordes.

Il monta sur la charrette avec lui, il monta sur l'échafaud avec lui. Le patient, si morne et si accablé la veille, était rayonnant. Il sentait que son âme était réconciliée et il espérait Dieu. L'évêque l'embrassa, et, au moment où le couteau allait tomber, il lui dit: «– Celui que l'homme tue, Dieu le ressuscite; celui que les frères chassent retrouve le Père. Priez, croyez, entrez dans la vie! le Père est là.» Quand il redescendit de l'échafaud, il avait quelque chose dans son regard qui fit ranger le peuple. On ne savait ce qui était le plus admirable de sa pâleur ou de sa sérénité. En rentrant à cet humble logis qu'il appelait en souriant son palais, il dit à sa sœur: Je viens d'officier pontificalement.

Comme les choses les plus sublimes sont souvent aussi les choses les moins comprises, il y eut dans la ville des gens qui dirent, en commentant cette conduite de l'évêque: C'est de l'affectation. Ceci ne fut du reste qu'un propos de salons. Le peuple, qui n'entend pas malice aux actions saintes, fut attendri et admira.

Quant à l'évêque, avoir vu la guillotine fut pour lui un choc, et il fut longtemps à s'en remettre.

L'échafaud, en effet, quand il est là, dressé et debout, a quelque chose qui hallucine. On peut avoir une certaine indifférence sur la peine de mort, ne point se prononcer, dire oui et non, tant qu'on n'a pas vu de ses yeux une guillotine; mais si l'on en rencontre une, la secousse est violente, il faut se décider et prendre parti pour ou contre. Les uns admirent, comme de Maistre, les autres exècrent, comme Beccaria. La guillotine est la concrétion de la loi; elle se nomme vindicte; elle n'est pas neutre, et ne vous permet pas de rester neutre. Qui l'aperçoit frissonne du plus mystérieux des frissons. Toutes les questions sociales dressent autour de ce couperet leur point d'interrogation. L'échafaud est vision. L'échafaud n'est pas une charpente, l'échafaud n'est pas une machine, l'échafaud n'est pas une mécanique inerte faite de bois, de fer et de cordes. Il semble que ce soit une sorte d'être qui a je ne sais quelle sombre initiative; on dirait que cette charpente voit, que cette machine entend, que cette mécanique comprend, que ce bois, ce fer et ces cordes veulent. Dans la rêverie affreuse où sa présence jette l'âme, l'échafaud apparat terrible et se mêlant de ce qu'il fait. L'échafaud est le complice du bourreau; il dévore; il mange de la chair, il boit du sang. L'échafaud est une sorte de monstre fabriqué par le juge et par le charpentier, un spectre qui semble vivre d'une espèce de vie épouvantable faite de toute la mort qu'il a donnée.

Aussi l'impression fut-elle horrible et profonde; le lendemain de l'exécution et beaucoup de jours encore après, l'évêque parut accablé. La sérénité presque violente du moment funèbre avait disparu: le fantôme de la justice sociale l'obsédait. Lui qui d'ordinaire revenait de toutes ses actions avec une satisfaction si rayonnante, il semblait qu'il se fît un reproche. Par moments, il se parlait à lui-même, et bégayait à demi-voix des monologues lugubres. En voici un que sa sœur entendit un soir et recueillit: – Je ne croyais pas que cela fût si monstrueux. C'est un tort de s'absorber dans la loi divine au point de ne plus s'apercevoir de la loi humaine. La mort n'appartient qu'à Dieu. De quel droit les hommes touchent-ils à cette chose inconnue?

Avec le temps ces impressions s'atténuèrent, et probablement s'effacèrent. Cependant on remarqua que l'évêque évitait désormais de passer sur la place des exécutions.

On pouvait appeler M. Myriel à toute heure au chevet des malades et des mourants. Il n'ignorait pas que là était son plus grand devoir et son plus grand travail. Les familles veuves ou orphelines n'avaient pas besoin de le demander, il arrivait de lui-même. Il savait s'asseoir et se taire de longues heures auprès de l'homme qui avait perdu la femme qu'il aimait, de la mère qui avait perdu son enfant. Comme il savait le moment de se taire, il savait aussi le moment de parler. O admirable consolateur! il ne cherchait pas à effacer la douleur par l'oubli, mais à l'agrandir et à la dignifier par l'espérance. Il disait: – «Prenez garde à la façon dont vous vous tournez vers les morts. Ne songez pas à ce qui pourrit. Regardez fixement. Vous apercevrez la lueur vivante de votre mort bien-aimé au fond du ciel.» Il savait que la croyance est saine. Il cherchait à conseiller et à calmer l'homme désespéré en lui indiquant du doigt l'homme résigné, et à transformer la douleur qui regarde une fosse en lui montrant la douleur qui regarde une étoile. 




Victor Hugo, Les Misérables, Chapitre IV, Livre Premier

Par sophie - Publié dans : Littérature
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Vendredi 24 décembre 2010 5 24 /12 /Déc /2010 17:04

 

             Quand je sortis du collège, du thème,
Des vers latins, farouche, espèce d'enfant blême
Et grave, au front penchant, aux membres appauvris;
Quand, tâchant de comprendre et de juger, j'ouvris
Les yeux sur la nature et sur l'art, l'idiome,
Peuple et noblesse, était l'image du royaume;
La poésie était la monarchie; un mot
Etait un duc et pair, ou n'était qu'un grimaud;
Les syllabes, pas plus que Paris et que Londres,
Ne se mêlaient; ainsi marchent sans se confondre
Piétons et cavaliers traversant le pont Neuf;
La langue était l'Etat avant quatre-vingt-neuf;
Les mots, bien ou mal nés, vivaient parqués en castes;
Les uns, nobles, hantant les Phèdres, les Jocastes,
Les Méropes, ayant le décorum pour loi,
Et montant à Versaille aux carrosses du roi;
Les autres, tas de gueux, drôles patibulaires,
Habitant les patois; quelques-uns aux galères
Dans l'argot; dévoués à tous le genres bas,
Déchirés en haillons dans les halles; sans bas,
Sans perruque; créés pour la prose et la farce;
Populace du style au fond de l'ombre éparse;
Vilains, rustres, croquants, que Vaugelas leur chef
Dans le bagne Lexique avait marqués d'une F;
N'exprimant que la vie abjecte et familière,
Vils, dégradés, flétris, bourgeois, bons pour Molière.
Racine regardait ces marauds de travers;
Si Corneille en trouvait un blotti dans son vers,
Il le gardait, trop grand pour dire: Qu'il s'en aille;
Et Voltaire criait: Corneille s'encanaille
Le bonhomme Corneille, humble, se tenait coi.
Alors, brigand, je vins; je m'écriai: Pourquoi
Ceux-ci toujours devant, ceux-là toujours derrière?
Et sur l'Académie, aïeule et douairière,
Cachant sous ses jupons les tropes effarés,
Et sur les bataillons d'alexandrins carrés,
Je fis souffler un vent révolutionnaire.
Je mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire.
Plus de mot sénateur! plus de mot roturier!
Je fis une tempête au fond de l'encrier,
Et je mêlai, parmi les ombres débordées,
Au peuple noir des mots l'essaim blanc des idées;
Et je dis: Pas de mot où l'idée au vol pur
Ne puisse se poser, tout humide d'azur!
Discours affreux! - Syllepse, hypallage, litote,
Frémirent; je montai sur la borne Aristote,
Et déclarai les mots égaux, libres, majeurs.
Tous les envahisseurs et tous les ravageurs,
Tous ces tigres, le Huns, les Scythes et les Daces,
N'étaient que des toutous auprès de mes audaces;
Je bondis hors du cercle et brisai le compas.
Je nommai le cochon par son nom; pourquoi pas?
Guichardin a nommé le Borgia! Tacite
Le Vitellius! Fauve, implacable explicite,
J'ôtai du cou du chien stupéfait son collier
D'épithètes; dans l'herbe, à l'ombre du hallier,
Je fis fraterniser la vache et la génisse,
L'une étant Margoton et l'autre Bérénice.
Alors, l'ode, embrassant Rabelais, s'enivra;
Sur le sommet du Pinde on dansait Ça ira;
Les neuf muses, seins nus, chantaient la Carmagnole;
L'emphase frissonna dans sa fraise espagnole;
Jean, l'ânier, épousa la bergère Myrtil. (...)

 

V. Hugo, L'Aurore in Les contemplations

Par sophie - Publié dans : P. XIXè - Hugo - Communauté : Poé-vie
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