Dieu, le médecin et l'amant

Publié le par sophie



Dieu, jaloux de sa vigoureuse jeunesse,
Décida de punir un jeune homme fringant.
A l'acmé du coït, il tua d'une flèche
L'impétueux amant, arrêté dans l'élan

Qui devait le mener jusqu'au divin orgasme.
Dans les bras de sa belle, éperdue de désir,
Il tomba en arrêt. Et ce fut le marasme
Chez la quasiment veuve, interdite de jouir.

Mais le vieillard pervers autorisa l'espoir
Au médecin du SAMU, en renfort venu,
Ressuscitant, confiant, le patient déjà noir,
Le droit à un sursis lui étant reconnu.

Le diagnostique fut fait d'anevrysme rompu
se trouvant confirmé lors de l'angio-scanner
Révélant une hydrocéphalie en plus
Compliquée d'une inondation ventriculaire.

Puis survint le départ au bloc opératoire,
La pose en urgence d'une dérivation
Suivie d'une artériographie exploratoire
Permettant du collet la complète exclusion.

Il fut donc transféré en réanimation.
Le patient, qui était en myosis, montra
Là des signes inquiétants de nette aggravation:
Redoutée mydriase! par toi, il tomba!

Le combat du médecin fut rude, sans merci,
Toute une nuit de garde, il lutta, très pâle.
Mais au petit matin, épuisé, il perdit
Le patient, qui passa en mort cérébrale.

Un collègue, appelé, lui donna un conseil. 
"Il faut sauver les reins, le foie et puis le coeur
qui serviront peut-être à l'un de ses pareils.
Que sa mort puisse faire d'un autre le bonheur!"

Oh Dieu! es-tu sage ou bien es-tu cruel?
Tu aimes à
rappeler au jeune homme innocent
Q'il possède sur terre, un statut de mortel
Et au jeune docteur son modeste talent.

La "petite mort", parfois, devient réalité.

Publié dans Poésie personnelle

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